Pourquoi

La première question qui me vient à l’esprit, qui le tient en otage et qui le fascine, est un kaléidoscope de simplicités :

« Pourquoi? »

Un voyage plus long, plus complexe, plus dispendieux. Plus risqué. Des efforts parfois intenses, toujours déterminés par un horizon embrumé de sueurs d’espérances. Un diplôme universitaire en jeu et une solitude à date de péremption inconnue pèsent plutôt lourd dans la balance. Mais au moins, c’est à moi de décider de quel côté les mettre.

« Pourquoi? »

Parce qu’un rêve, ça se vit éveillé. Après des années de plein air et de découverte des beautés de ma province, le reste du monde semble prometteur d’infini. Avec un curriculum vitae saupoudré d’expéditions dans les cimes de la Tanzanie, la côte Est des États-Unis, la cyclable Gaspésie, quelques échantillons d’ouest canadien et l’âme de la Nouvelle-Zélande, la voie tracée par mes propres pas s’étire devant mes yeux. Il y a quelques temps, elle s’est mise à accélérer, à courir plus vite que moi. Et j’ai eu peur.

Je sais bien que s’asseoir aurait été plus simple. Mais alors : « pourquoi? »

Parce que si je plonge tête baissée et sourire aux lèvres, je peux rattraper cet espoir qui s’envole dans un souffle d’hésitation. Parce que je n’ai pas l’intention de laisser mes rêves être plus agréables à raconter que ma réalité, et parce que rien n’y personne ne peut m’en empêcher.

Avec les treize quinzièmes d’un baccalauréat derrière le nœud papillon, je me retrouve à désirer vivre la pluralité humaine qui m’a été donnée de découvrir, et parfois même d’expérimenter. La décision s’impose alors d’elle-même : un sac-à-dos et une poignée de temps, rien d’autre. Rien d’autre? C’est vite dit. Pour faciliter le départ, pourquoi ne pas accumuler un peu de sous? Travailler maintenant, faire des économies. La logique quoi. Mais cette logique, elle est de celles qui se tartinent sur des mois, des années, et qui distillent même les héros.

Et puis le temps, ça ne se trouve pas n’importe où non plus. Un riche monsieur m’a dit que bientôt on cesserait de m’en envoyer, et il avait l’air sérieux. Sérieux comme quelqu’un qui dévisage l’absurdité depuis trop longtemps. Pourquoi alors ne pas faire d’une pierre deux coups, enfiler études à l’étranger et rêves intimes?

Bref, après un an de démarches labyrinthiques en compagnie de toutes les instances fédérales, provinciales, universitaires et militaires possibles, après les découragements d’un homme qui admire la galaxie, je me retrouve dans les rangs des Forces canadiennes. Je me retrouve à étudier en France. Je me retrouve à rédiger mes journées dans un cahier, comme on écrit ses rêves en se levant.

« Pourquoi? »

Renversons plutôt la question : « to be, or not to be »?

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