Les fleurs de papier

Pour la première fois, les au revoir semblent revêtir une certaine pertinence, presque sucrée. Comme autant de petites déchirures souriantes, comme autant d’histoires qu’il me faudra terminer avant de pouvoir en commencer une nouvelle. Mais je ne suis pas prêt, et je ne veux rien achever. Je veux tout en même temps : la solitude et l’amour, l’inconfort et la proximité. Mais là réside le vrai jeu, n’est-ce pas? Les rides du décideur s’endurcissent sur les sacrifices qu’il embrasse et les falaises qu’il côtoie.

Aujourd’hui, hier et demain, les adieux sont mon pain quotidien. On s’apprécie banalement, on serre des mains d’essence inconnue et on  tente d’avoir l’air concerné. Au dernier moment, les regards ont le malaise des adolescents amoureux, si ce n’est que le sourire n’y est plus. On aimerait bien que ce soit historique tout ça, mais que voulez-vous, le cinéma est une fable empoisonnée.

Et puis il y a ceux dont la bise ne nous suffit pas. Ceux-là sont trop nombreux, ils se pilent dessus, mais on les aime ainsi. Ce sont eux qui nous inspirent un peu de vide, qui nécessitent le temps d’un verre ou d’une assiette. Mais même cet adieu personnalisé ne pourra jamais calmer notre faim mutuelle d’une relation aussi unique, on le sait bien. On prend donc une pelletée de rendez-vous et on regrette les impossibles.

À ces derniers, les parents occupés, les invisibles et les Montréalais, je le dis une dernière fois : les adieux n’auraient rien changé. Ils le font rarement, et lorsque c’est le cas, il faut y voir un reproche. Un manque d’authenticité, un oubli déplorable ou un excès de gêne sont souvent mis au grand jour dans l’amertume des regrets.

C’est en ce sens que je maximise la sincérité, celle qui sort des tripes avec de sages relents de fermentation. Évidemment, elle ne se chante pas : elle se vomit. L’avantage est alors de la posséder entièrement devant soi, même si à première vue ça peut effrayer les fragilités. Il faut dire qu’il peut prendre plusieurs formes, ce « soi-même » véritable, et on l’offre à chacun lors d’une accolade sans lendemain, voire au creux d’une fleur de papier apprise pour elle.

Parce qu’au fond ce n’est que ça un adieu. Un élan mouvant de passion, une drôle de cérémonie qu’on personnalise comme on peut en tentant d’éviter les clichés, même s’ils sont savoureux dans leur vérité enfantine.

Bref, je découvre mes lacunes d’authenticités et j’y attarde une fleur de mes mains, un remède souvent agréable, parfois trop plein d’espoir. Toujours parfait.

Puisse ceci faire office d’origami à ceux que je n’aurai pas pris à part :

À la prochaine, je vous aime.

Alexandre

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Un avis sur « Les fleurs de papier »

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