Entre une pêche et une nectarine

Montpellier a de ses accents et tonalités qui font sourires. Parmi mes plus beaux moments ici, l’un d’eux est d’une simplicité déroutante : une marchante de fruit qui m’offre une pêche jaune.

L’on se trouvait sur la place du théâtre, le soleil était à son zénith, la chaleur et la faim guettaient chacun de nos mouvements. Cette affectueuse dame servait ses clients en leurs offrant de ‘’ma belle enfant’’ et de ‘’mon beau monsieur’’. À grands coups de sourire, elle exhumait la joie fébrile d’une bonne journée de travail à vendre de savoureux fruits sur la place du marché. Il y avait une poésie dans sa voie et de l’élégance dans sa conduite. J’avais devant moi une chef d’orchestre qui faisait jouer les fruits aux doux parfums qu’ils projetaient, les faisaient danser à la pesée et cabrioler dans les paniers. Nous voyant hésiter à prendre le temps d’attendre en file (car certes, l’impatience fait encore partie de mon train-train quotidien (mais il va où ce train? Je ne saurais dire encore), elle nous interloqua entre ses clients pour nous offrir un rafraîchissement et quelques mots doux. J’étais séduit par cette femme dans la quintessence de l’âge. J’étais en amour une fois de plus avec la vie méditerranéenne.

L’art qu’elle possédait était celui de rendre une conduite fade comme celle de l’achat de quelques fruits, en moment qui s’apprécie, qui se goûte, se sent et se vie…

Combien de souvenirs avez-vous de vos emplettes à l’épicerie? Moi, aucun. Pourquoi? Parce que nous ne prenons pas le temps de vivre ces petits moments que l’on juge banals, ennuyeux et répétitifs. Nous avons des ‘’corvées’’ où le temps fige, où la vie s’évapore. L’on nous a inculqué que vivre, c’est de faire la fête avec des amis, c’est d’acheter une nouvelle voiture, c’est d’avoir un bateau…. Mais ça, ce n’est pas vivre, c’est consommer et je ne veux pas que mon existence se limite à ces moments où je carbure à ce que l’on m’a dit d’aimer… et vous?

Ce que cette femme m’offrit en ce jour ensoleillé, c’est mon premier souvenir de l’achat de quelques fruits. Il est teinté d’étonnement, de sourires, d’amusements; bref, d’un contact avec la vie. Je vous souhaite de pouvoir en faire tout autant. Plus je prends le temps d’observer la vie d’ici, plus je comprendre ce ‘’Carpe Diem’’ duquel la société nous éloigne lentement. Je ne dis pas que tout est parfait ici, mais qu’il y a des petites merveilles un peu partout; des détails que l’on repère uniquement lorsqu’on laisse à la vie la chance de nous surprendre. Certes, cette découverte me coûta 1 euro, mais ce fut sans doute l’un des mieux investis…

Et mes fruits, ils étaient bon? N’en doutez pas. Ils goûtaient l’amusement de la scène, ils exaltaient le plaisir d’un échange, ainsi que la satisfaction d’une pêche et d’une nectarine à qui l’on a donné le temps de murir à souhait.

Et vous saviez qu’ici même les bananes vertes goûtent les bananes mûres? Étrange, vous ne trouvez pas?

f.

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