« Langage-toi »

3 grands

Loco Locass peinture sa fierté à tue-tête sur les murs de ma chambre et je réalise, une fois de plus, que c’est loin de chez moi que le fleurdelisé me définit le mieux.

« En somme, nous sommes des surhommes uniques
générés par le génie génétique, de l’Europe et de l’Amérique. »

– Loco Locass, Les Géants

Je m’exprime bizarrement, j’ai parfois la langue d’un autre temps, même que mon accent fait sourire l’actualité. Mais en bout de ligne, s’il y a une chose que je ne veux pas adapter, c’est bien cette étincelle d’identité et d’originalité. Ce don catholique de la résistance, ce maillon culturellement génétique que les têtes politiques recherchent à s’en fendre l’électorat en quatre.

Évidemment, malgré les « Oh! » de la fascination, il y a aussi des bas. Une certaine difficulté à être compris, une limite à la fois en profondeur et en humour qui se ramène comme un vent en pleine face. Et il y en a plusieurs qui succombent à l’envie d’y faire dos. Je les comprends. Même que de temps en temps, j’accepte aussi de fermer les yeux, travestir ma langue et gonfler nos voiles communes d’une aisance à portée de main. Sauf que tourner le dos à soi-même, c’est oublier son nom par terre, c’est cracher sur les accents de la maison pour regagner une berge apatride.

Alors je me retrousse les convictions et m’éloigne des langages battus, optant pour la lueur lointaine de me faire connaître.

« À chaque matin, regagner sa solitude
une fois secouées la torpeur et l’hébétude.

Tous les jours, se souvenir de toi pour mieux voir
refuser d’aller sans désir et sans mémoire.
À chaque matin, éviter que ça devienne une habitude
de mourir à soi-même comme tous ceux-là qui capitulent »

– Loco Locass, Tous les jours

Et je cherche sous les feuilles mortes une raison suffisante d’être Québécois, voire de me nier. Je rencontre Britanniques, Espagnols et Grecs, nourrissant l’espoir d’y dénicher un frère. Mais même ce Catalan voisin, philosophe au pays fissuré, ne peut m’offrir de miroir parfait où mon âme nationale trouverait son reflet. La raison est aussi simple que sans pitié: la destinée d’un peuple n’a pas de jumelle. Les comparaisons sont aussi impertinentes que désirées. À nous de prendre les rênes, et de nous décider.

«C’tait pas d’la nostalgie. C’tait juste un entrebaillage, sur des demains, qui s’pouvaient, encore. »

– Fred Pellerin

En bout de ligne, être entouré de diversités ne me dévoile aucune réponse sur les avenues possibles, ni sur la validité comparée d’une existence toute québécoise. Ce que je déterre, dans les fouilles inconscientes des quotidienneries, c’est plutôt un amour inconditionnel de cet hiver que certains espèrent nationaliser.

C’est un attachement au drapeau bleu et blanc, aux cégeps et aux mille accents du nord. À un pacifisme francophone unique, à un souci des arbres et de l’eau inventé à même le Saint-Laurent. C’est une acceptation à la fois bancale et historique de ces cultures venues nous enrichir. C’est une joie colorée qui s’exprime sans complexe devant quelques Européens sobres, discrets.

Ce que je découvre, c’est une culture à la fois assez humble pour s’oublier mais suffisamment hargneuse pour se tenir le dos droit devant des ancêtres pourtant indiscernables. Ce que je découvre, c’est une personnalité que j’ai la chance de m’être appropriée à mon insu et qui fonde les sourires que j’offre aux soleils d’ailleurs.

« Condamné par le doute, immobile et craintif
Je suis comme mon peuple, indécis et rêveur
Je parle à qui le veut, de mon pays fictif
Le cœur plein de vertige et rongé par la peur »

– Dédé, La comète

Ce que je découvre, c’est Moi, et les fragilités que ce phénix représente.

Alexandre

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Un avis sur « « Langage-toi » »

  1. Je reconnais là ton style. La poésie transcende ton âme Alex, mais elle étouffe sous sa construction alambiquée. Je te sais ami de Sybille, trop peut-être. Laisse-la respirer et elle saura se montrer à la hauteur de tes sentiments. À bientôt!

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