Un tête-à-tête avec Misteur Valaire, ou l’art de l’opportunisme volontaire

J’ai une histoire à vous raconter.

Le meilleur spectacle que j’ai pu apprécier, la meilleure prestation musicale et surtout le meilleur show auquel j’ai eu la chance d’assister, ce n’est plus le légendaire Bon Jovi sur nos très québécoises plaines. Ce n’est pas Loco Locass, Paul Piché ou les Cowboys Fringants à la St-Jean. Ce n’est pas l’incontournable Alexandre Poulin. Ce n’est ni une vivante performance de LMFAO, ni un dernier tour de piste des nostalgiques Beach Boys, ni un hommage à l’historique Led Zeppelin.

Le 17 octobre dernier, en compagnie de trois Trifluvien(ne)s, deux Montréalaises et une Allemande, j’ai vibré comme jamais grâce à l’énergie démente que Misteur Valaire est venu offrir à la France. Dans une salle pas trop grande, avec du monde d’un peu partout, ces Sherbrookois ont galvanisé notre chère Montpellier d’un rythme effréné. Électrique. Un style coloré qui rayonne et qui drogue, un groupe qui dévore la scène bien plus que n’importe quel album ne pourrait le laisser entrevoir.

Mais au-delà d’une prodigieuse ambiance tressée de saxophone et de synthétiseurs, les membres du groupe nous ont offert un petit quelque chose de plus en venant nous parler après le spectacle. Quelle ne fût pas leur surprise de rencontrer des Québécois, dont un natif de leur ville originelle!

C’est donc le sourire aux lèvres et l’esprit grisé par près d’une heure de socialisation on-ne-peut-plus inattendue que nous sommes partis vers le centre-ville, cherchant un plancher de danse qui pourrait agréablement clore une si savoureuse soirée. L’énorme Rockstore fut élu par nos pas et nos goûts musicaux, mais surtout par opportunité. Toutefois, trois des sept membres de notre troupe capitulèrent devant le vide qui habitait l’endroit et décidèrent illico de prendre le dernier tramway jusqu’à nos résidences. Les deux Montréalaises bien décidées à rester (ayant rencontré quelques connaissances), le dernier des Trifluviens et moi ne savions que choisir entre un sommeil rapide et prometteur ou la possibilité de quelques heures dansantes, nécessairement liée à une très longue marche forcée.

Assis dans le bar, je m’en suis remis à une mentalité, à une réflexion que ma fatigue tentait de me faire oublier. Une pensée qui est pourtant devenue un réflexe et qui ne déçoit que lorsqu’on ne peut s’assume pleinement. Elle se présenta, dans ma tête, à peu près comme suit : Ce soir, j’ai eu du plaisir bien au-delà de mes espérances et je n’ai plus rien de spécial à attendre de ma soirée. Si je reste ici, je risque fortement de patienter assis, longtemps. Danser peut-être un peu, puis regretter le tramway durant plusieurs kilomètres.
Mais… Mais il y a aussi la maigre possibilité que quelque chose d’intéressant se produise. Quelque chose de drôle, de fou, de cocasse, d’émotionnel, d’intense, d’agréable, d’instructif, de vivant, bref, d’imprévu. Et quelque chose d’imprévu, ça ne s’attend pas, ça ne se sait pas : ça arrive.

« Ok. Faut tenter le destin. On prend un verre, pis on va danser. »

Il ne fallut que 20 minutes pour que ce qui est l’un des plus grands clubs de Montpellier se retrouve plein à craquer. De la musique, de la sueur, un peu d’alcool et des pas de danse aussi spontanés que maladroits pour nous faire sourire. J’étais bien. Mais une heure plus tard, la nuit nous joua un tour, comme une petite récompense pour lui avoir fait confiance. À travers le flot des déhanchements, nous aperçûmes l’arrivée… d’un membre de Misteur Valaire. Puis un autre. Et un troisième!

Bref, une soirée à bouger dans un bar réputé avec de la bonne musique et une centaine d’étrangers, c’est une chose. Danser puis rire et discuter en France jusqu’à 4h00 du matin avec les gars de Misteur Valaire, c’en est une autre.

z Misteur Valaire2

*****

Je passe plusieurs détails, parfois forts en émotions me diront ceux qui ont vécu ces moments avec moi, mais l’essentiel y est. Une soirée mémorable qui se joua en un instant, en un simple questionnement intérieur quant à mon approche tant des petites occasions quotidiennes que de mon voyage et de la vie en général. Une approche qui, normalement, se fait inconsciemment. Intuitivement devrais-je dire.

On m’a demandé en fin de semaine passée, à un tournoi de beach ultimate, si « j’aimais ça la France ». J’ai été un peu surpris de ma réponse immédiate, évidemment positive, mais ne traduisant d’aucune façon mes péripéties répétées et l’esprit de fête qui se cache derrière. En y réfléchissant moindrement, je me suis rappelé pourquoi : nous ne faisons rien d’extraordinaire en soi. Nous ne sautons pas en parachute, nous n’avons gravi aucun sommet (pas encore…), nous ne profitons d’aucune différence culturelle majeure à ce point qu’elle nous bouleverserait sans cesse.

Autrement dit, nous ne faisons que des choses qu’il nous serait possible de faire au Québec. Des activités, des sorties qui s’offrent à nous que l’on soit à Montréal, Sherbrooke, Montpellier ou Christchurch. Des trucs que nous ne saisissons normalement pas, ou avec moins d’intérêt. Toute la magie réside dans l’attitude, dans un regard qui peut s’efforcer de rester fasciné et une volonté constamment renouvelée de saisir toutes les opportunités.

S’engouffrer dans les portes qui s’entrebaîllent. Dire oui à celles qu’on nous ouvre tout autour, malgré les tentacules du confort et des habitudes. Malgré la sécurité de savoir qu’on a le bonheur au bout des doigts. Malgré le risque d’être déçu. Parce que comme je le mentionnais, la déception ne suit que ce qui n’est pas assumé, c’est-à-dire mal compris.

On récolte ce que l’on sème, on attire ce que l’on dégage, on trace sa propre voie, dites-le comme bon vous semble. Ajoutez-y une spiritualité rassurante si vous voulez, l’idée reste aussi simple qu’inébranlable. L’opportunisme volontaire, c’est créer soi-même des occasions à saisir. Ça fait pousser quelques cicatrices ici et là, ajoute autant d’amis inattendus que de rires francs et met de la couleur dans nos photos. Ça modifie de fond en comble notre voyage, notre regard sur la Méditerranée et les gens qu’on attire.

Est-ce que j’aime ça la France? Évidemment! Mais autant cette pensée peut avoir des relents de narcissisme, nous savons que notre appréciation se fonde avant tout en nous. Nous fabriquons cette France qui nous émerveille, et dévoilons du même geste un potentiel infini d’histoires et de sourires.

Soyez opportunistes. Créez votre opportunisme. Le vide est plein de promesses.

Alexandre

P.S. : Et pour les néophytes de Misteur Valaire doublés d’une insatiable curiosité, en voici une courte et agréable introduction :

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