« Vivre » les Alpes

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J’ai goûté la vie dernièrement, à grands coups de pelle dans face. Avec des bouchées doubles; je me suis laissé foutre une raclée de sensations fortes. Pour être plus exacte, je dirais que je me suis fait rouler dessus à répétition par un bulldozer chargé à bloc. Ça faisait mal de vivre à ce point. Je crois qu’il y a un proverbe qui dit quelque chose comme : ‘’c’est en passant près de la mort que l’on réalise à quel point on est vivant’’. Bein cette fois, j’étais assez proche pour sentir son parfum taciturne. Mes sens s’en horripilent encore, mon esprit, lui, est partagé entre le fou rire d’un sortit d’asile et l’incompréhension des évènements passés…

Tout était juste trop beau, trop éclatant et en même temps, si incohérent. Les Alpes, deux hommes, une montagne qui demande qu’à nous rappeler la force des éléments, des étoiles qui éclairent un rêve devenu réalité; bref, l’extase des sens. Il faisait beau, froid, clair, bleu, gris et vert. Loin de notre univers quotidien, on jouait aux titans avec les éléments. Traversant des petites rivières pieds-nu. Se taillant à même un sol escarpé, deux petits lits douillets. Se donnant comme défit d’escalader une parois rocheuse de 550 mètres en suivant une méthodologie apprise 2 jours avant sur Youtube. J’étais tellement pas convaincu que tout irait bien, que j’ai pas osé en parler davantage à ma mère, histoire de ne pas l’inquiéter. J’avais le goût, juste avant de quitter mon ordinateur, la veille, d’envoyer un message sur Facebook disant à tous que je les aimais et que j’espérais les revoir un jour. J’ai gardé ces mots-là dans ma tête et je suis parti, apeuré, amusé, craintif et pantois. J’allais faire un gros n’importe quoi à 2500 mètres d’altitude… et ça m’allait.

Entrer dans les Alpes, c’est comme mettre les pieds dans Jurassik Park, sans dinosaures, heureusement. Tout est si gigantesque; les arbres jouent aux titans avec les montagnes. Ils les chevauchent en tenant la bribe serrée jusqu’à des sommets vertigineux, où la neige finit par triompher. Une fois devant l’imposant sommet de la Vuzelle, nous avions 3h30 de marche à faire, avec 70 lbs de matériel sur le dos pour uniquement se rendre au début de notre piste d’escalade. Plus de 1000 mètres de hauteur nous séparaient de notre premier objectif. Alexandre me fit remarquer l’intensité de cette marche en manipulant quelque peu les mots : Nous avions 1 kilomètre à marcher à la verticale, sans parler de la distance à l’horizontal. Par chance, les paysages qui s’offraient à nous étaient si riches et magnifiques que la vie nous semblait aussi légère que l’était notre esprit à ce moment.

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On a même pris le temps de faire des poses ‘’profondes’’, après avoir trouvé une source d’eau potable pour le reste du projet. Il faut bien s’amuser!

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Mais trêve de plaisanteries; on avait un but à atteindre avant le couché du soleil. La chance était merveilleusement de notre côté : des gens bienveillants ont été mis sur notre chemin. Tout d’abord, en faisant de l’auto-stop, l’homme avec lequel nous firent une partie du chemin la veille, jusqu’à un petit village non-loin, était guide en montagne. Il nous expliqua un peu la réalité des Alpes, les animaux qu’elles habitent et le bon chemin à prendre. Un second homme, le lendemain, nous offrit de nous alléger du fardeau de notre marche sur plusieurs kilomètres. Nous l’avons croisé à répétition. Entre des discussions de tour du monde et de voyages en voilier d’un temps passé, il nous offrit, un peu de la vie de là-bas, tout en nous rapprochant davantage du début du sentier forestier qui nous attendait. Il marcha même en notre compagnie un petit moment.

100_0396La vie fait parfois bien les choses…

Rapidement, tout se corça. Le sentier que nous devions prendre par la suite se nommait ‘’Sans Issue’’ et avec raison. Nous devions marcher sur un petit chemin de 30 centimètres de large et aussi instable qu’appeurant. Le sol sous nos pieds glissait; il fallait s’aggriper à des plantes épineuses  et espérer que leurs petites racines pouvaient changer le cours de nos vies en nous empêchant de glisser jusqu’au bas des falaises. L’adrénaline était telle que la souffrance ne se ressentait pas : nous voulions nous rendre…. En vie.

De longues minutes suivirent jusqu’à l’arrivée â une brêche dans la montagne où de nombreux éboulements de pierres ont eu lieux et se faisaient encore. Nous comprirent rapidement que nous étions rendu à destination. Quelques secondes passèrent avant notre prochaine réalisation : nous devions nous trouver un endroit où dormir et ce lieu ne pouvait pas nous offrir un espace suffisamment large pour une tente. Rapidement, le soleil se couchait, l’adrénaline nous quittait tout autant. Il fallait creuser à même ce sol inhospitalier pour se faire des lits à deux hauteurs différentes. L’un de nous allait dormir en se protégeant à l’aide de la toile double de la tente et le second allait se servir du dessous de la tente comme couverture de protection contre le vent et l’eau. Nous gardions le sourire : tout était incroyablement parfait, nous pouvions nous adapter à tout.

Nous prîmes comme décision de nous protéger comme nous le pouvions. J’ai eu droit au lit le plus bas et à la base de la tente pour me protéger des éléments. Mon sanctuaire faisait un peu moins de 6 pieds de long et était de la largeur de mes épaules. Pour m’empêcher de tomber au bas de la falaise de roche, nous avions érigé un mur de pierres et j’avais pris une partie de ma corde d’escalade que j’ai attaché à mon sac le plus lourd et enlacé autour de mon sac de couchage.

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La nuit fut longue. Des roches tombaient çà et là, le vent était glacial et puissant. Heureusement, nous avions un ciel impossible à voir dans les grandes villes. Des milliers d’étoiles s’offraient à nous. Dormir de la sorte a ce fin privilège de nous dévoiler ce que nous ne pouvons pas voir normalement : la beauté d’une nuit sans nuages et loin des lumières des grandes villes. À chacun de mes réveils en sursaut, soit causé par l’inconfort des pierres sur lesquelles je dormais, où le bruit de celles qui dévalaient la montage ou encore les gouttes d’eau qui me perlaient par moment sur le front, je me calmais en admirant le vaste océan de noirceur parsemé de mille feux. Ça suffisait à me faire oublier un petit peu les dangers environnants. J’étais bien, malgré l’angoisse.

Au réveil, il faisait froid, notre corps était endoloris, mais nous étions ravis. Les Alpes s’offraient à nous, rien de cela n’était un rêve. Il fallait maintenant manger et affronter la bête et avec elle, la vie.

Nous débutèrent la montée de notre voie d’escalade vers 9 heures. Nous fûmes étonnés de réaliser la distance qui séparait chaque point d’ancrage où nous pouvions nous attacher pour nous protéger lors de nos possibles chutes. En moyenne 9 mètres nous séparaient de chaque vis de protection. En clair, cela voulait dire que nous pouvions avoir des chutes de près de 20 mètres si nous glissions ou étions incapable de nous tenir convenablement à la paroi rocheuse. Mais nous y étions, nous ne pouvions/voulions pas reculer. Pas après tout ça. 250 mètres plus haut, j’en avais assez. 6 heures venaient de passés et le dernier segment d’escalade m’a fouttu un frousse si grande que je ne pouvais plus imaginer monter. J’étais excité et surtout nerveux. J’ai perdu pieds à un moment risqué, mais j’ai tenu bon; je me suis échappé d’une solide débarque, comme on dit.

Je me tenais à mes cordes de protection et j’attendais l’arrivée de mon comparse pour lui révéler mon état. S’en était assez, il comprenait pourquoi, ayant eu à passer par le même endroit que moi quelques minutes plus tard. Dans la prochaine vidéo, vous allez voir, lors de ma prise de parole, le stress qui m’animait : Je bégaye quelque peu, j’ai des mimiques et un rire nerveux et un débit de voix rapide. Cette fois, la peur m’avait dominée, sans doute pour le mieux.

La dessente se fit magnifiquement bien, surtout tenant du fait que ce que nous mettions en pratique était la résultante d’une reproduction de séries de mouvements vues sur des vidéos d’initiation à l’escalade. Nous empaquetèrent tout notre équipement et quittèrent pour de bon. Au total, nous avions escaladé 8 heures. La fatigue nous guettait autant que la joie que nous avait procurer l’activité. Nous étions heureux d’avoir vécu et survécu.

Nous avions peu de temps devant nous. Il fallait à présent retourner sur le sentier, trouver à boire et un lieu où monter notre tente : à nouveau, le soleil nous quittait rapidement. Dans les Alpes, il disparait si vite derrière les montagnes, que la nuit débute bien avant l’heure. Sur notre route, nous trouvâmes l’endroit parfait pour la nuit : un énorme rocher au centre d’une vallée. Celui-ci pouvait nous offrir une terre ferme et une vue incroyable sur les vastes beautés du monde. Nous remerciâmes la vie d’un tel cadeau. Le contraste entre la nuit passée, à dormir dans une carrière de roches froides et cette nouvelle nuit où la verdure, le calme et le confort étaient rois, nous rendit euphoriques.

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Nous avons dormis au chaud, dans le calme d’une nouvelle nuit dans les Alpes. La vie fit balancer le pendule du côté ‘’réconfort’’. Mes rêves se promenaient entre les plaisirs de ma vie au Québec et l’intensité des évènements des derniers jours…

Je revins à Montpellier avec l’impression d’avoir perdu quelque chose… L’étrange ressenti d’avoir vécu des émotions si intenses, que jamais il ne me sera possible de les dépasser un jour. J’y ai laissé une partie de moi qui se caresse maintenant que du bout des souvenirs, sur des vidéos, des photos et des rires en compagnie d’un brave ami…

Alors, voilà mon histoire… Je suis heureux d’avoir la chance de vous la raconter. Pendant un moment, là-bas, j’étais convaincu du contraire…

f.

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