Francis Campbell

Bonne fête Francis.

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Francis Campbell, c’est l’Autre Philosophe, celui qui ne cavale plus. Ou plutôt, celui qui est retourné cavaler dans nos steppes québécoises. C’est un grand gaillard, un sosie de Guillaume Wagner qui sent parfois le Michael Bublé et un cerveau incroyablement dangereux. Il est celui qui m’a vu fleurir lors de La recherche de mes limites et celui qui a mis la table pour un épisode un peu plus Fucked up quelques mois plus tard. Il est aussi celui qui m’a partagé tout ce qu’il a vécu entre les deux et qui m’a filmé – plutôt que de m’aider – lorsque mon nez pissait le sang sur le plancher de danse à Barcelone.

Francis Campbell, c’est surtout un emblème. Celui de l’amitié.

Dans l’Égypte ancienne, le hiéroglyphe d’ « ami » devait avoir son demi-sourire, voire même sa barbe minutieusement pas faite. Sa tendance à porter des chandails aux manches trop courtes et son don de tomber malade au milieu d’une pièce stérilisée.

Mais de nos jours, Francis Campbell est devenu le symbole de ce qui me manque. De ce trou dans la poitrine, de cette nostalgie par-dessus l’horizon. De ce qui commence à être ma définition d’un vrai « chez moi ».

Parce qu’en me promenant ici et là, en rencontrant des Australiens et des Israéliennes, en discutant avec des voyageurs et des sédentaires, on me lance toutes sortes de questions. Et en général, devant le caractère solitaire de mon aventure, celles qui reviennent le plus souvent ont trait à la nostalgie. Le manque. Ce « chez moi » qui ne peut apparemment pas être ici. Bien évidemment, la question la plus fréquente ressemble à: « Tu ne t’ennuis pas de ta famille? »

Non. Désolé, je sais, je n’ai pas de coeur.

Les membres de ma famille me manquent, bien évidemment, mais d’une facon bien précise. Si je m’ennui de mon frère, c’est pour se chamailler, pour s’écoeurer, pour dire n’importe quoi et rire un peu du paternel. Si je m’ennui de mon grand-père, c’est l’humour vif et bon, c’est l’accolade de vieux copains qui me manque. Chaque fois, c’est l’ami qui fait défaut, ici, en Mongolie. Un lien qui se développe sans qu’on s’en rende compte, dans l’ombre des autres étiquettes.

« Tu t’ennuis de ton pays? » Non. Le Québec c’est bien, mais la planète, c’est mieux. Vraiment mieux. Et puis, je ne supporterais pas d’être l’un de ces « imbéciles qui sont nés quelque part ». Il y a de quoi s’émerveiller partout, je commence à être bien placé pour le savoir.

« Ton chez toi ne te manques pas? »

Je ris. « Chez moi. » Une adresse? Je n’en ai pas. Ca va faire 7 ans que je n’habite plus chez mes parents. Je n’ai pas de divan, d’électroménagers, pas de téléphone cellulaire non plus. Pas de chien, pas de blonde, pas de chat. J’ai un ensemble de vaisselle dépareillé, je l’avoue, mais rien de très sentimental (j’ai apporté mon tire-bouchon en voyage). Alors j’imagine que non, ce « chez moi » que tout le monde me pointe du doigt ne me manque pas vraiment. Pas plus que les rues de Montpellier, pas plus que les montagnes de la Géorgie.

La question qu’on ne m’a jamais – jamais – posée est toutefois celle qui aurait eu le plus de pertinence, le plus de profondeur : « Tes amis, ils te manquent? »

« Et Francis Campbell, lui? »100_0580

L’amitié me semble aujourd’hui un lien sous-estimé, un phénomène oublié et pris pour acquis, comme bien d’autres. La famille a l’étiquette de l’inconditionnel, tandis que le pays a celle d’un attachement sentimental plus ou moins fort. L’amour possède un aura de gloire et d’autosuffisance, alors que la carrière et les études ont celui du prestige. L’amitié, elle?

Je ne sais pas trop. Un genre de description banale, vitale mais trop commune pour en faire tout un plat. Mais alors que le manque purement familial tarde à se faire entendre, que mon pays ne me procure rien d’irremplacable, que l’amour dévoile des sous-vêtements d’insuffisance existentielle et que mon parcours professionnel est le dernier de mes soucis, il n’y a qu’un recoin de mon cerveau que je n’arrive pas à ignorer. Celui des amis.

Un recoin qui pèse lourd dans la balance alors que j’en arrive à un point crucial de mon voyage : travailler (m’installer) ou continuer (et revenir). La complicité d’une équipe d’ultimate tissée serrée dont j’ai peur de ne plus être un fil conducteur, les discussions pleines de vécu avec les parents, les moments de débauche naturelle entre amis, d’absurdité spontanée entre colocs, la proximité d’une béquille en forme d’épaule. Toutes des facettes de ce que je commence a considérer comme un « chez moi » bien plus crédible qu’une adresse postale ou un point sur une carte.

Que les voyageurs ne sourcillent pas: l’amitié se crée aussi en voyage. Elle naît rapidement et s’accroche parfois très fort. Et du même coup, la nostalgie aussi. Sauf que c’est un peu plus difficile. C’est un peu plus rare. Bien que je vive des moments incroyablement forts, et pas toujours seul, ma compagnie change avec le vent depuis que j’ai quitté Montpellier. Et ce phare de toutes les occasions qu’est un ami dans l’essence, il commence à plier un peu sous les continents.

Francis Campbell est un symbole parce qu’il est comme tous ceux qui m’obligeront a retourner au Québec, que ce soit aujourd’hui ou dans un an. Parce qu’il n’y en a pas deux de sa trempe. Il est mon emblème, parce que comme chaque ami, on a une histoire mi-anodine, mi-extraordinaire, mi-inconditionnelle.

Francis Campbell a risqué sa vie à plus d’une reprise avec moi. On a tenté de conquérir des femmes, on a bu comme des trous et vomi de plaisir, on a appris à escalader comme on apprend à marcher et on s’est encouragés à devenir plus grands que nous-mêmes. On s’est donné les meilleurs conseils du monde, on s’est raconté nos cicatrices, on a vu l’autre s’élever dans la gloire et s’effondrer dans ses propres abîmes. On s’est tendu la main pour se relever, on s’est fait du sang d’encre et on a supporté tous les brouillards qu’une âme peut exprimer lors des grands creux.

Aujourd’hui, c’est ça qui me manque: un pur sang de l’amitié. Une relation basée sur du sincère, hors des obligations, 100% volontaire, nourrie au vécu et au respect.

Moi qui me plaçait naïvement à l’abris des racines et des appartenances. Moi qui ait appris à préférer un paysage dans la solitude, qui assume son autonomie pour le meilleur et surtout pour le pire… J’en ai finalement trouvé un, un « chez moi ».

Chez vous.

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Bonne fête encore Francis. Je t’envoi un p’tit bec.

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Alexandre

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