Des souvenirs qui font du sens

À l’aube de mon départ de Pékin, je pensais finir par écrire quelques mots sur Tiger, mon premier élève, et de loin mon préféré. Brillant, doux, enthousiaste et vif d’esprit, il fut l’un des points forts de mon année en Chine.

Tiger

Tiger et son prof, qui font des châteaux de chaises et parlent de bateaux de pirates.

Mais aujourd’hui, j’avais une classe avec Sun (le troisième à partir de la gauche sur la grande photo du haut).

Sun, c’est mon nemesis. L’enfant le plus dur à contrôler de toute l’école.

Son père, avisé que je quitterais bientôt la Chine, m’a même offert un cadeau de départ: une cloche provenant d’un temple bouddhiste, ramenée du Tibet il y a quelques années.

Un cadeau d’autant plus spécial que j’avais prévu aller au Tibet avant de me rendre au Népal en septembre prochain (ce que le père de Sun ignorait, évidemment), avant de devoir changer mes plans suite aux tremblements de terre du printemps dernier.

Mais revenons à Sun.

De loin mon élève le plus difficile, ayant possiblement une légère déficience quelconque en plus de ses troubles de comportements (l’anglais des parents n’est malheureusement pas assez développé pour que j’aie bien compris, mais peu importe). Un petit garçon étonnement fort du haut de ses sept ans, indépendant, incroyablement actif et on ne peut plus indifférent à l’apprentissage d’une langue seconde.

Mon élève depuis octobre, il m’a fait sacrer plus souvent que tous les autres enfants réunis, parfois même en français (quand je me mets à sacrer dans ma langue maternelle, t’es mieux de te tenir tranquille…). Il a détruit une bonne partie de mon matériel, m’a arraché de la peau à maintes reprises et m’a fait sortir de mes gonds plus que je ne l’aurais aimé.

Mais en bout de ligne, Sun n’a pas une once de malice.

En bout de ligne, Sun n’est que l’un de ces enfants qui ne se contrôlent pas complètement, sans pour autant vouloir mal faire. Je l’ai toujours su, et n’ai jamais demandé à ne plus lui enseigner.

En fait, et malgré tout, Sun rit beaucoup.

Aujourd’hui, donc, j’avais une classe avec Sun. Et ses parents lui ont dit que j’allais quitter la Chine, que j’allais retourner chez moi. Malgré un vocabulaire aussi maigre que la durée de son attention, il a passé l’heure du cours à me couper la parole pour me poser – encore et encore – cette question:

[SUN] : « Alex, how you go home? »
[ALEX]: « I go home on foot! OK now Sun, can y… »
[SUN]: « No! Alex, how you go Djanada home?» [Djanada = Canada en chinois]

Lorsque la classe fût terminée, et malgré un autre cours ponctué de rappels à l’ordre pas toujours faciles, il s’est empressé d’aller verrouiller la porte et de m’empêcher de sortir. Quelques minutes plus tard, finalement sorti de la classe, il aperçoit ses parents arriver dans l’entrée…

Il se précipite aussitôt dans le bureau et me saute au cou en criant « No! No! No! Alex! Alex! ».

Les employées chinoises tentent de lui faire comprendre qu’il faut partir, mais il ne veut rien entendre. Je lui explique donc que bientôt, son professeur serait Eric, et qu’il était très gentil. En plus, il avait déjà mentionné qu’il aimait bien Eric et qu’il le choisirait s’il devait changer d’enseignant.

Tout en restant agrippé à mon cou, il répond d’un ton ferme: « No Eric. Yes Alex. »

Il me serre un peu plus fort.

« Yes Alex. »

Sans mots

Sans mots

.

Alexandre

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