Voilà. Ça fait un an.

Je me gratte la tête, un peu découragé. Ça fait cinq fois que je reprends l’écriture de ce texte, ces quelques mots sonnant la fin de mon année comme enseignant en Chine.

Cinq fois que je n’arrive pas à dépasser la première phrase :

« Voilà. Ça fait un an. »

Tout mon savoir s’arrête là. Le reste, c’est du brouillard.

J’ai mille impressions contradictoires, une panoplie d’émotions qui se chamaillent d’un côté et de l’autre, toutes plus vraies les unes que les autres.

Cette année en Chine aura passé comme un coup de vent. Hier encore, j’arrivais à Pékin avec mon sac à dos et très peu d’attentes. J’écrivais à un ami canadien (connu à Istanbul) qui était débarqué en Chine deux jours plus tôt, venu y étudier pour un an :

 « Hey man, je viens d’arriver à Pékin, tu veux faire quelque chose? T’as visité un peu? J’ai à peu près cinq jours. »

Chine

Le légendaire Jean-Marc

Son co-chambreur aux résidences universitaires a décidé de se louer un appartement, il m’a permis de squatter le lit vacant et avant deux semaines, j’étais prof d’anglais.

Un an plus tard, mes cinq jours à Pékin touchent à leur fin.

  « You could spend your whole life imagining ghosts, worrying about the pathway to the future. But all there will ever be is what’s happening here, and the decisions we make in this moment, which are based on either love, or fear.

So many of us choose our path out of fear disguised as practicality. »

– Jim Carrey

Un an plus tard, je quitte avec un horizon en forme de nébuleuse. Immense, embrouillé, presque vide.

Hypnotisant, surtout.

Car si je reprends la route, c’est avec plus de questions que jamais, l’éternel « demain » se trouvant tout en haut de ma liste.

Qu’on se le dise, l’idée générale « études → travail/carrière → retraite » moule la plupart des routes qu’on peut emprunter. Et à la veille de mon départ, je le réalise d’une toute nouvelle façon. Je n’aurai fait qu’un petit pas à côté du sentier et me voilà déjà débalancé, sûr de rien.

J’ai profondément envie de continuer. Je caresse soudainement l’idée d’un voyage à long terme, mais je doute. Ma job? Ma carrière? Mes amours? Ma famille? Je réorganise mon sac-à-dos, mais je n’arrive jamais à trouver une pochette pour trimbaler toutes ces aspirations.

Je ferme le sac. Je soupire…

Mongolie

D’un côté: mes folies. L’appel du large. Un petit quelque chose de flou, de rêvé. De l’autre: un programme d’études novateur. Un stage pertinent assuré, un emploi probable au bout du papier et ce, dans un domaine drôlement intéressant…

Le dilemme est sincère.

Évidemment, le nomadisme me fascine plus que les bancs d’école. Mais prendre une chance, se fermer les yeux et faire confiance, c’est pas facile. Quand on y mise une partie de son avenir, c’est plus risqué. Plus effrayant.

Plus « je-marche-sur-un-fil-sans-savoir-ce-qu’il-y-a-en-dessous ».

Peut-être y trouverai-je une bonne opportunité, peut-être une moins bonne. Peut-être des dettes. Peut-être des problèmes légaux dans un pays dont je ne peux même pas lire la langue.

Ou peut-être un petit bout d’existence tissé sur mesure.

Mongolie

« You can fail at what you don’t want. So you might as well take a chance on doing what you love. »

– Jim Carrey

En réajustant les sangles de mon sac sur mon dos, c’est la phrase qui me reste. Une idée que mon père touchait déjà avec son « Tu perds quoi à essayer? », ou encore « Si ça marche pas, y va se passer quoi? Probablement la même chose que si t’essaies pas… »

Au moment où je ferme la porte de cet appartement pour la dernière fois, j’ai l’impression de me retrouver avec plus de questions et moins de réponses que jamais.

Mais en même temps, je n’ai jamais eu autant confiance.

Voilà donc l’état d’esprit qui m’habite alors que je repars à l’aventure, l’Asie dans les yeux. Plus incertain que jamais, mais plus serein. Plus curieux.

Plus excité.

.

Alexandre

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