Mes peurs

Il y a trois ans et demi, alors que je participais à l’initiation des nouveaux animateurs d’un camp de jour, on nous a posé quelques questions très sérieuses, aussi profondes que personnelles.

L’une d’entre elle était : « de quoi avez-vous peur? »

La prenant très au sérieux, ne serait-ce que pour moi-même, j’ai pris quelques minutes avant de bien cerner ce qui était ma principale crainte. Avais-je plus peur des sangsues ou de mourir noyé? Des espaces restreints ou des araignées?

Lorsque ce fut mon tour de répondre, je n’ai pas hésité :

« J’ai peur de rater ma vie. »

« Rater » ou « réussir » n’était pas pour moi relatif à une carrière, à un emploi rêvé ou à un mariage heureux. Ce n’était pas une question d’accomplissements sportifs, sociaux ou marquants d’une quelconque façon.

Je pensais plutôt à mes passions.

France

J’avais peur de ne pas suivre, d’oublier, de mettre au rancart ou de renvoyer à plus tard ces passions. Et (surtout) de ne jamais vraiment y revenir. Parce que je ne voyais pas d’autre raison de vivre que de prendre ces passions par la main, jusqu’au plancher de danse, jusqu’à ce que la musique s’arrête.

C’était peut-être trop réfléchi/profond comme réponse pour un camp de jour, mais c’était sincère : je nourrissais la peur de me faire emporter par le courant. Qu’avant même que je ne le sache, je me retrouve assis confortablement, mais loin de ce qui me fait vibrer.

Népal

Trois ans et demi plus tard, j’ai vaincu cette peur.

Je me suis prouvé que je pouvais dire non aux plus imposantes évidences, et dire oui à ce qui m’habite. Même si c’est « anormal », ou risqué. Je me suis prouvé qu’avec un peu de chance, j’avais les moyens de « réussir ma vie » selon mes propres termes, à mon propre rythme.

C’est majeur, et c’est plaisant.

Népal

« I too am not a bit tamed, I too am untranslatable
I sound my barbaric yawp over the roofs of the world »

– Walt Whitman (Leaves of grass)

Mais si le voyage a pu (commencer à) apaiser une peur aussi profonde, il en a certainement créé de nouvelles.

Une, en particulier, éclipse les autres : la peur de perdre. La peur de perdre ceux que j’aime, ceux qui me sont chers. Ceux dont l’opinion, l’amour et l’existence m’importent.

La crainte que les amitiés se déconnectent, que les familles dérivent au loin. Que ces liens précieux qui m’accompagnent partout où je vais finissent, malgré eux et malgré moi, par s’épuiser.

Aujourd’hui, si je devais expliquer ma plus grande peur, j’aurais une réponse bien différente à donner:

« J’ai peur de devenir un irrémédiable solitaire. »

.

Alexandre

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