Trek dans le Khumbu (1 de 4) : Créer

« We want to be the poets of our lives. »

– Friedrich Nietzsche

J’ose croire qu’il est possible de créer. Créer des moments, des opportunités, des sourires.

Créer du Beau, même.

Népal

Mon équipe de soccer à Namche.

En m’envolant pour le Khumbu – la région de l’Everest – je n’avais qu’une seule certitude : les probabilités jouaient contre moi. Pour créer, j’allais devoir trimer dur, patiemment et intelligemment.

Moins de deux semaines après avoir mis fin au tour des Annapurna avec le genou droit blessé, j’avais pu le laisser guérir et même le renforcer, mais je m’étais – malheureusement et stupidement – blessé le genou gauche durant le processus…

Mais avant tout, le trek:

Dans le Khumbu (i.e. la région de l’Everest), il y a plusieurs tracés possibles. Le plus fréquenté est très certainement le sentier de Lukla au camp de base de l’Everest (EBC), permettant de facilement gravir Kala Pattar pour la vue – l’EBC n’a pas grand-chose à offrir du côté paysages.

Il y a aussi le trek des trois cols – le Three Passes Trek – beaucoup plus long, passant par les cols Renjo La (5 360m), Cho La (5 420m) et Kongma La (5 550m), en rajoutant au passage l’EBC (5 364m).

On peut même faire une randonnée des trois cols + trois sommets en gravissant en plus le Gokyo Ri (5 360m), le Kala Pattar (5 640m) et le Chhukung Ri (5 550m).

Et puis de Lukla, la ville où on atterrit pour entamer le trek vers le nord, on peut aussi descendre au sud pour rejoindre Salleri (3 jours) ou Jiri (6 jours) et atteindre Kathmandu en Jeep/minibus plutôt que de prendre l’avion. Mais cette section étant réputée ultra abrupte et difficile pour les genoux, même si elle ne se joue qu’entre 1900m et 3000m d’altitude, on comprendra que je ne l’aie pas incluse dans mon plan.

Tout le reste, ça y était.

Trois cols, trois sommets, plus le camp de base de l’Everest.

Trek du Khumbu

Départ de Lukla, trajet en rouge!

Et pour le plaisir de la chose, pour le plaisir de réaliser des rêves (tsé), j’ai ajouté l’Imja Tse (6 189m) – plus connu sous le nom d’Island Peak – à mon itinéraire. Un sommet qui requiert guide, permis de sommet et équipement d’alpinisme.

Dans mon élan d’optimisme et de « création », j’avais même arrangé – et payé – le tout à Katmandou avec une agence quelconque, dans le but de rencontrer le guide près d’Island Peak, le moment venu.

Voici donc la première partie de mon aventure au Khumbu, pays de l’Everest.

Jours 1 à 7

Je pars donc de Lukla en avant midi, un 15 octobre comme les autres, si ce n’est de cette conviction/crainte d’être forcé de faire demi-tour dès les premiers jours. La première journée se fait lentement, au rythme des yaks et de la prudence. La deuxième, dans le même esprit, me mène à Namche sans problème.

Népal

Namche

En tant que dernier « village complet », Namche est assez importante. Sa grosseur et son élévation (3440m) en font l’arrêt traditionnel d’acclimatation pour tous les trekkeurs de la région. J’y passe donc une journée de repos, profitant du marché hebdomadaire qui tombe pile.

Népal

Népal

Je pars ensuite pour Thame, une demi-journée de randonnée magnifique et tranquille, marquée par la rencontre d’un Américain quinquagénaire autant mordu de vélo que de voyage.

Népal

Népal

Arrivés tous deux à Thame vers midi, mon nouvel ami et moi nous asseyons avec un thé noir et partageons nos impressions des Montagnes Blanches et des Présidentielles (en Nouvelle-Angleterre), qui s’adonnent à être notre cour arrière commune. Discussions de voyage, de trek et de cyclisme meublent une après-midi et une soirée pas désagréable du tout.

Et puis… c’est beau!

Népal

Népal

Le lendemain, une journée similaire se présente avec une marche aisée jusqu’à Lumde, dernier village avant le col Renjo La. J’arrive à bon port, heureux et confiant : mes genoux sont en parfait état et malgré ma prudence et ma lenteur relative, je parcours les distances plus rapidement que prévu.

Sixième journée: acclimatation. À ce moment, je crois sincèrement pouvoir m’en passer. Mais ne serait-ce que pour la santé de mes genoux, je prends mon temps et passe de longues heures entre mon harmonica, Dostoïevski et les Himalayas.

Finalement, le jour décisif arrive.

Le tout premier col: Renjo La.

Je pars à peine quelques minutes après un groupe de six trekkeurs et trois guides (dont trois Québécois!) et une trekkeuse et son guide, question de ne pas être complètement seul en cas de pépin. On doit quand même prendre 1000 mètres d’altitude avant de traverser un col – possiblement enneigé – sur un sentier sensiblement plus ardu que celui des Annapurna…

Ça promet!

Népal

Mais je réalise rapidement que:

  1. Le sentier est clair, très clair;
  2. J’avance vite, et bien.

Je dépasse donc trekkeurs, guides et porteurs, et file vers le col Renjo La. Quelques minutes à peine avant d’atteindre le sommet du col, un guide de montagne français me dépasse et m’empêche d’être le premier. J’étais très excité à l’idée d’être le premier sur le col, mais en bout de ligne je réussi à garder un rythme prudent.

Et puis j’apprends qu’à 48 ans – en vacances à cause du tremblement de terre – il traverse le Népal à pieds; aujourd’hui se trouve à être sa 89ème journée (ou quelque chose comme ça).

Moi, c’est ma 7e. Relaxe Alex.

Cinq minutes plus tard, il m’accueille en me serrant la main et me félicite: c’est fait!

Il pointe du doigt l’horizon qui s’est tout d’un coup déroulé devant moi, comme un tapis rouge:

« Je te présente l’Everest. »

Népal

L’Everest, la plus haute du milieu.

Les plus hautes montagnes du monde, c’est beau. C’est sacrément beau.

Peut-être, peut-être, viens-je de créer quelque chose.

DSCN4841-1

.

Alexandre

[Pour lire la suite, cliquez ici.]

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6 avis sur « Trek dans le Khumbu (1 de 4) : Créer »

  1. À quand la partie 2 de 3 ??? 🙂 Je suis impatiente de connaitre la suite ! Ah la chance que tu t’es créé en allant faire ce trek après les Annapurnas. Contente de savoir que tu profite au max de ce pays incroyable ! Le plus beau pays du monde à mon avis (malgré que je ne les ai pas tous vus…), j’en suis convaicue !

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