Enseigner l’anglais dans les montagnes du Népal

Écrit par Benjamin Herrera, rencontré au Népal le 21jour de mon trek dans le Khumbu.

Juving : Porte d’entrée sur soi-même

La rencontre fut fortuite. Un petit coup de pouce du destin au moment précis où je commençais à en avoir vraiment besoin. Une intersection peu fréquentée, assez tôt le matin, sur un sentier à des kilomètres de toute civilisation (du moins telle que nous la concevons). C’est exactement à cet endroit que la fortune décida de réunir deux Québécois.

« Je m’appelle Benjamin, j’ai 19 ans, j’enseigne l’anglais dans un village de la région. » Ça se résumait et se résume encore pas mal à ces trois informations.

Aussi simplement que cela, Alex se retrouvait précipité dans ce qui était mon petit univers pour trois mois et ce qui était le quotidien de mon hôte Krishna depuis 45 ans. À la fin de son séjour de deux jours à Juving (ce petit hameau d’environ 150 âmes où j’enseignais) votre correspondant préféré m’a proposé de rédiger un petit compte-rendu de mon expérience.

Voici donc l’exécution de la chose.

Début septembre en débarquant de l’avion à Katmandou : j’étais l’étudiant qui, un peu perdu face a tous les choix qui se présentaient devant lui, avait décidé d’aller chercher des réponses ailleurs. Une semaine plus tard, j’étais « Gorishe » (littéralement l’ « homme blanc » dans le dialecte de la région), l’enseignant qui vivrait dans un environnement diamétralement opposé à tout ce qu’il avait connu auparavant.

J’étais logé dans une famille népalaise composée de Krishna, sa femme Mansunbi, leur aînée Sanju et leur fille adoptive Mirala. Je reçu un accueil chaleureux dans des conditions de vie qui, en dépit de leur modestie, ne me choquaient pas particulièrement.

DSCN5324

Le panorama qui s’offrait à moi tous les matins facilitait aussi le tout. J’ai toujours été un peu romantique face à la nature sauvage, mais le premier soir, alors que j’étais encore très incertain face à la pertinence de ma présence ici, une étoile filante dans un firmament illuminé me redonna confiance.

DSCN5317

L’école primaire, à flanc de montagne,  comptait une cinquantaine d’étudiants dont l’âge allait de quatre à 13 ans. Les professeurs, au nombre de six, étaient tous des gens très dévoués, mais ils étaient avant tout des fermiers qui devaient mettre du pain sur la table familiale.

C’est que dans ces régions éloignées du pouvoir central de la vallée de Katmandou – et pour ces groupes ethniques minoritaires qui ne font pas partie des coalitions gouvernementales traditionnelles – il est difficile d’obtenir du financement pour des projets de développement social.

L’impact quotidien? Une absence de salaire pour la majorité des professeurs et des compensations ridicules pour les travailleurs de la santé. Pas des conditions gagnantes pour une éducation continue et de qualité, disons.

Malgré tout, j’adorais mes tâches quotidiennes. Aidé d’un professeur népalais dont l’anglais de survie permettait une communication de base, je donnais cinq classes par jour.

Autrement, mes activités quotidiennes se résumaient à (essayer d’) aider dans les champs et exécuter des tâches domestiques simples comme nourrir les poules ou entretenir le potager. Une vie simple, parfois trop, mais qui permettait d’apprécier les petits instants de bonheur qui se présentaient entre deux verres de rakshi, l’alcool local à base de millet.

Un Népal qui se cherche

Pendant ces trois semaines, j’ai été le témoin des malheurs et réjouissances quotidiens des villageois. J’ai pu participer à de grandes fêtes communautaires, notamment les deux plus importants festivals hindous du pays :  Dasain et Tihar. Également, j’ai pu vivre un mariage népalais, une célébration entourée d’une atmosphère très particulière. À chacune de ces occasions, j’ai toujours été renversé de voir à quel point les habitants m’intégraient comme un des leurs dans les cérémonies, m’offraient nourriture et alcool à profusion, et tenaient à échanger avec moi.

Impossible de ne pas être touché par autant de générosité, surtout lorsqu’on sait pertinemment que ces personnes n’ont pas de grands moyens.

DSCN5337

Le Népal, encastré entre les deux puissances mondiales que sont l’Inde et la Chine, est un petit bastion appartenant à une culture unique, un harmonieux mélange entre l’hindouisme majoritaire, le bouddhisme des montagnes et un animisme encore bien présent. Cependant, avec une mondialisation qui change les vies de ceux qui y sont exposés, les Népalais (surtout la jeune génération) semblent être appelés individuellement et collectivement à décider de la part de l’héritage qui sera perpétuée.

La communauté prend une place immense dans les petits villages comme Juving. Parfois, le résultat est particulièrement pervers. Pour moi, le plus difficile fut de composer avec la culture d’abus d’alcool qui règne au quotidien dans cet environnement. Clairement, la modération avait un gout fade, réservée aux faibles et aux femmes. Dès six ou sept heures du matin, les hommes commençaient à ingurgiter des quantités faramineuses d’alcool fait maison. Les dommages que cette habitude crée sont déplorables : abus physiques et psychologiques des femmes par les maris ivres, dépenses insoutenables pour le ménage qui amènent les familles à ne pas nourrir suffisamment leurs enfants ou à négliger leur éducation, etc. Tenter de comprendre cette réalité fut ardu. Rationnaliser ces comportements est impossible – ce n’était d’ailleurs pas mon objectif.

L’isolement du village empêche les villageois de profiter des avancées technologiques qui pourraient améliorer leur quotidien. L’absence de route praticable en voiture pour s’y rendre empêche aussi les villageois de vendre leurs produits maraîchers dans un marché. S’ils désirent poursuivre des études universitaires, les enfants doivent déménager à Katmandou et les parents doivent dépenser des fortunes sur un diplôme qui, au final, ne leur sécurise pas un revenu appréciable. Vers la route du progrès, le Népal doit aujourd’hui faire l’ascension de son propre Everest.

Une goutte d’eau dans l’océan, pour créer des vagues

Face à cette myriade de problèmes, que pouvons-nous faire pour venir en aide à ces populations? Il est clair qu’enseigner trois mois dans un village ne fait pas une énorme différence en tant qu’acte isolé. Je constate que c’est plutôt le mouvement d’entrainement qui peut s’avérer bénéfique pour ces communautés. Avoir un groupe d’entraide afin de leur offrir des opportunités, des occasions qu’ils ne recevraient pas sinon.

D’ailleurs, si jamais l’un de vous – lecteurs qui se repaissent d’aventures plus extraordinaires les unes que les autres sur ce blog – venait à se poser cette question, comme nous le faisons tous a un moment ou a un autre, « Pourquoi pas ma propre aventure? », sachez que Juving vous attend les bras ouverts. Signer un chèque est admirable, mais à quel point le temps investi pour l’autre est-il encore plus précieux?

Et souvent, celui qui donne est celui qui reçoit le plus.

DSCN5301

Si jamais vous avez des questions, des commentaires ou désirez donner de votre temps à Juving, n’hésitez pas à communiquer avec moi (ou Alexandre), par courriel à herrera.ben@hotmail.com. Je me ferai un plaisir de vous mettre en contact avec les personnes appropriées.

Sur ce, je retourne à mes aventures.

Benjamin

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s