La fuite, la quête de soi-même et toutes ces raisons pour lesquelles je ne voyage pas

C’est un classique.

« Pourquoi est-ce que tu voyages? »

Assis dans l’herbe avec un groupe d’amis imprévus, je regarde la hutte en bambous qui fait office de bar à côté de nous. Je me concentre sur le grondement des vagues, quelques mètres plus loin, et ressens toute l’immensité à la fois paisible et déchaînée de l’océan qui nous entoure.

La question de mon amie me semble à la fois anodine, cruciale et révélatrice.

Je réfléchi pour dénicher une réponse divertissante, mais me résigne à la vérité:

« Parce que j’aime ça. »

Elle hoche la tête, sourire en coin, légèrement prise au dépourvu. Je la comprends: ma réponse est d’une platitude exemplaire.

Plusieurs veulent savoir ce qui pousse quelqu’un à voyager aussi longtemps, plus longtemps que la normale. Parce que « normalement », la raison de notre départ finit par s’effacer. On finit par régler nos « problèmes », « trouver notre voie », ou encore par « apprendre à se connaître » (Socrate, quelqu’un?) et revenir au bercail fin prêt pour attaquer la vraie vie qui commence.

Sauf que voilà, je n’ai pas vraiment d’histoire de « mésadaptation » sociale pour expliquer mes choix de vie – en tout cas pas celui de voyager. Je ne fuis rien. Je n’ai pas peur de retourner d’où je viens, de me replonger dans un quotidien plus « classique » et je ne suis certainement pas en train d’essayer de découvrir qui je suis.

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Je me retourne vers mon amie et essaie de lui offrir une réponse plus substantielle:

« Il y a des gens qui sont totalement heureux en pratiquant leur sport, il y en a qui ne vivent que pour composer et jouer de la musique alors que d’autres se réalisent pleinement en essayant de protéger l’environnement.

Moi, c’est le voyage. C’est ma passion. »

Et dans ma tête, être heureux (lire « vivre ses passions »), c’est pas mal la direction la plus pertinente que quelqu’un puisse donner à sa vie.

Malgré tout, il y a effectivement beaucoup de personnes qui voyagent pour fuir ou trouver quelque chose. Et ça se remarque assez rapidement: elles ont quitté sans trop prévoir, peut-être après un évènement ou une période difficile, et ont une date de retour prévue. Une date éloignée, autant que possible, mais bien présente, car il ne s’agit au fond que de vacances plus longues que d’ordinaire.

L’intérêt principal n’est plus le voyage en lui-même, mais une quête personnelle.

Et je peux difficilement me reconnaître dans ce type d’aventures, voire connecter avec cette frange des voyageurs (si un tel groupe existe), car je ne suis pas familier avec leurs motivations profondes. Je ne peux me permettre de les juger non plus, cela va de soi.

En ce qui me regarde, mon voyage n’est pas un moyen, mais une fin.

Je voyage, donc je suis. Du moins pour l’instant.

Et avec les questions et commentaires que je reçois, je ne suis manifestement pas le seul.

*****

Je m’amuse parfois à penser que je vis ma retraite maintenant, et qu’elle se finance d’elle-même. Comme si j’avais sauté les 45 années qui auraient dû m’en séparer.

Je vis bien, vous vous en doutez probablement. Je suis malade de temps en temps – visiter un hopital chinois où le docteur te pose des questions en utilisant un traducteur sur son iPhone n’est pas tellement rassurant – et j’ai des moments plus creux, c’est certain. Mais ce seront des histoires pour mes petits-enfants.

Autrement dit, je ne vois rien qui justifie la mythique « impossibilité » dont on drape la vie de voyageur. Ni les légendes urbaines de jeunes vagabonds qui se cherchent, parias de notre société.

Un ami m’écrivait dernièrement pour me demander comment est-ce que je fais pour « vivre aussi longtemps en dehors du système ». Je trouve dommage qu’on conçoive ce mode de vie comme étant tellement marginal et improbable qu’on l’imagine être en contradiction avec notre monde habituel.

Parce que je ne suis pas en dehors du système.

Je me nourris, me loge et me déplace. Je consomme, comme tout le monde. Et parfois, je travaille!

Disons simplement que je choisis mes batailles.

“You can fail at what you don’t want. So you might as well take a chance on doing what you love.”

– Jim Carrey

*****

En attendant de revenir dans le système, je bronze dans un petit village de surf sur la côte ouest des Philippines. Vue de mon petit appartement au bord de la plage, entre les palmiers et ma planche de surf, la vie fleurit.

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Je reviendrai peut-être au Québec la semaine prochaine, peut-être dans cinq ans. Mais pas aujourd’hui.

Pas tant que ma passion continuera de brûler dans toutes les langues inimaginables, et dans les sourires de trop d’inconnus. D’ici là, elle est la seule raison dont j’ai besoin.

Et vous, votre flamme, elle ressemble à quoi?

« Parce que je sais qu’il y a des gens qui disent que toutes ces choses n’arrivent pas. […] Je sais que tout cela ne sera un jour que des histoires. Et nos photos deviendront de vieilles photos. Et nous deviendrons tous la mère ou le père de quelqu’un.

Mais pour l’instant ces moments ne sont pas des histoires. C’est en train de se passer. Je suis là […]. Et à ce moment, je le jure, nous sommes infinis. »

– Pas Raccord

.

Alexandre

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