Un anniversaire pas comme les autres

Il y a trois jours, j’ai décidé d’entreprendre la traversée de la partie malaisienne de Bornéo (et du Brunei, enclavé dans la Malaisie). Une petite aventure de plus de 1300km, l’équivalent de la distance entre Rome et Paris, qui nécessitera toutefois presque le double d’heures : les routes à travers la jungle bornéenne ne sont pas les autoroutes d’Europe, on s’en doute bien.

Tout ça, sur le pouce.

Pourquoi? Parce que… Parce que ça me fait tripper, tout simplement.

Je n’arrive d’ailleurs toujours pas à trouver un sens à l’ampleur des craintes préconçues et systématiques entourant l’autostop. Je comprends qu’il y a des risques qui y sont associés, mais je suis sidéré de voir à quel point elles se fondent sur peu, très peu. Un minimum d’expérience, de contacts avec l’inconnu, d’information et de « bon sens » me semblent un antipoison très fiable si les vacances devaient tourner au vinaigre.

Bref.

C’est donc le cadeau de fête que je me suis offert cette année : aller à la rencontre des Bornéens. Parce que c’est surtout ça, faire du pouce. Créer des expériences humaines imprévisibles et échanger des bouts de quotidiens dans une authenticité inégalée. Provoquer le destin, quoi.

Je n’aurai fait que 200 kilomètres la première journée, mais j’aurai terminé la soirée chez deux nouveaux amis sino-malaisiens à parler de nos visions du monde autour d’une demi-douzaine de bières.

Sans parler de la famille chinoise qui, après m’avoir pris (malgré six enfants dans la voiture) et déposé une heure plus tard, a rapidement fait demi-tour pour revenir me chercher là où elle m’avait laissé : on m’invitait à me joindre à eux pour aller visiter leur famille et arrière-grand-mère de 91 ans.

Puis deux jours plus tard, cet adorable chimiste qui me racontait son pèlerinage familial de l’année dernière à la Mecque. Faut dire qu’habillé avec une simple camisole pour supporter la chaleur, je ne m’attendais pas vraiment à être accueilli dans une voiture de confession musulmane. Et surtout pas que son chauffeur m’offre une heure de discussions bien joviales avant de s’arrêter pour m’acheter eau froide et boisson gazeuse.

Encore moins qu’il me glisse un billet tout chiffonné dans la main en me disant au revoir, aussi insistant que souriant : « Pour ta nourriture, et tes voyages. »

Plus tard, en le dépliant, je poserai les yeux pour la première fois sur un billet de 100 ringgits (35 dollars canadiens). Même les guichets automatiques n’en donnent pas.

Trois jours, 12 conducteurs et plus d’un milliers de kilomètres plus tard, j’achève. Quelques camionneurs à l’anglais approximatif mais au sourire illuminé, des coureurs de sentiers et deux sœurs voilées. Des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes…

Et un hindou, qui me conduit dans sa BMW flambant neuve jusqu’au Brunei, minuscule pétromonarchie vivant au rythme de la Sharia. Né en Inde, élevé en Afrique et ayant fait fortune sur Bornéo grâce à ses compagnies de forage (la Malaisie et le Brunei exportent du pétrole avant tout) et en Inde en étant le seul pourvoyeur de crevettes pour Wal-Mart, il était un puits de culture générale sans fond.

Pour ma fête, j’erre donc dans Bandar Seri Begawan, capitale d’un pays couvrant plus ou moins deux fois l’Estrie et totalisant à peine 400 000 habitants. Sous la loi islamique et dirigé par l’un des plus riches multimilliardaires de la planète – qui vit dans le 2e plus grand palais du monde (derrière la Cité interdite de Pékin) – l’endroit a définitivement quelque chose d’irréel.

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Je ne prendrai certainement pas de bière pour célébrer ce soir, la vente/achat d’alcool étant passible de flagellation ici… mais ayant la chance de vivre toutes ces rencontres inimaginables et d’être aujourd’hui encore en excellente compagnie, je profite plus que jamais d’un anniversaire qui s’étire dans le temps et l’exotisme.

Et demain, je repartirai sur le pouce, en quête de ces petits morceaux de fantastique pour une année de plus!

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Quelque part dans les rivières de Bornéo

.

Alexandre

P.S. : Avant d’aller dormir hier soir, un Tchèque rencontré à mon auberge de jeunesse m’a offert la bouteille de whisky entamée qu’il allait devoir laisser derrière en quittant aujourd’hui. Je pense que je viens de revoir mes priorités.

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