La curiosité

Quand j’étais petit, j’avais quelque chose de bien spécial dans ma chambre. Placé sur le coin de mon bureau, durant quelques années, se trouvait un petit calendrier quotidien qui ressemblait à ça:

maisonrouge

Dramatisation

 

Chaque page représentait l’un des 365 jours de l’année et sur chacune d’entre elles était présentée une merveille quelconque, photographiée et racontée. On n’y trouvait pas uniquement les sept merveilles du monde, car figurez-vous qu’il y a plus que sept jours dans une année, ce qui tombe admirablement bien étant donnée la quantité astronomique de merveilles qui parsèment notre planète. Dans mon petit calendrier apparaissaient donc certains des plus captivants traits de l’immensité qui nous entoure : des monuments impressionnants, des animaux incroyables, des lieux mythiques, des traditions inimaginables.

On y retrouvait, pour ne nommer que quelques exemples, le légendaire dragon de Komodo :

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Les villes millénaires chrétiennes creusées à même les falaises de la Cappadoce, en Turquie :

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La grandiose cathédrale de Saint-Basile-le-Bienheureux au centre de Moscou :

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Les paysages karstiques surréels de Zhangjiajie, en Chine:

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Chacune des pages de ce petit calendrier a aidé à faire naître au fond du petit garçon que j’étais une soif de voyages qui me tire en avant depuis… belle lurette. En fait, ces fragments tous plus fascinants les uns que les autres ont attisé une flamme bien précise :

La curiosité.

Voilà, peut-être, l’une des principales raisons qui me poussent au loin, encore et toujours.

En Australie, lorsque ma colocataire Jess et moi avons fait un exercice pour déterminer nos « missions de vie », c’est-à-dire nos buts et/ou aspirations fondamentales dans la vie, j’ai été pris de court. Incapable de choisir ou de me limiter, je bloquais devant mon désir de « tout expérimenter ». Tout.

Voilà, encore une fois, l’œuvre d’une curiosité bien enracinée.

Aujourd’hui, c’est aussi cette éternelle faim qui explique que je me prélasse à Konya, ville de plus d’un million d’habitants pratiquement inconnue du grand public. Du public auquel je devrais appartenir du moins, occidental et nord-américain.

Sauf que dans mon petit calendrier se trouvait une page portant sur… les Derviches tourneurs.

Ces hommes religieux, les « Mevlevis » de leur vrai nom, transportent les traditions d’un ordre musulman vieux de près de huit cent ans. Dansant, tournoyant et priant dans une cérémonie aussi hypnotique que paisible, ils incarnent merveilleusement l’esprit d’amour et d’humanité que prêchait leur fondateur, Rumi*. Et vêtus d’un costume inexplicable aux yeux d’un petit garçon, les Mevlevis avaient définitivement marqué mon imagination.

mevlevi

« Et moi qui ne rêvais que de pousser comme une plante pour me rapprocher du soleil. Quand donc serais-je grand? »

Alexandre Jardin (Bille en tête)

Cette semaine, j’ai eu la chance d’assister à l’une de ces traditionnelles danses religieuses, précisément là où Rumi a vécu, pensé et enseigné. Précisément là où l’ordre des Mevlevis a vu le jour. À Konya.

Et pour être honnête, ce n’est pas moi qui me suis assis pour admirer la performance des Derviches Tourneurs : c’était un petit garçon. Un jeune, qui traînait depuis une quinzaine d’années la formidable envie de ne pas se contenter d’une photo sur une page de calendrier. Une page qui revenait année après année, comme pour lui marteler toute la richesse d’un monde tellement saisissable au-delà de la fenêtre de sa chambre.

Une page qui, avec des centaines d’autres semblables, a fini par produire une curiosité indomptable et incurable.

Je n’ai plus mon petit calendrier. Je ne sais pas non plus quel jour de juillet nous sommes et encore moins quel jour de la semaine. Mais la plante a poussé, dirait sûrement Alexandre Jardin.

Je suis devenu grand.

Et comme le petit garçon de jadis avait fait le pacte avec son meilleur ami de ne jamais devenir une grande personne sérieuse, monotone et monochrome, j’ai décidé de cultiver cette curiosité. On s’était promis de ne jamais cesser de jouer, de rire et de trébucher. Ça m’aura donné la chance de vivre bien des euphories, de voir bien des exceptions et, entre autres, de prendre moi-même toutes les photos qui apparaissent dans ce texte.

Exception faite de la dernière. Celle-là a été prise par Julie, la petite fille avec moi.

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Alexandre

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*L’un des poètes les plus influents du monde musulman, philosophe de la paix et de la tolérance connu en Occident comme le poète le plus vendu aux États-Unis, le renom de Mevlana Celaddiin-i Rumi n’est plus à faire. Son Mausolée, au centre de la capitale provinciale Konya, est depuis longtemps un lieu de pèlerinage et le deuxième site le plus visité en Turquie. Dans un pays plus visité que la Grèce, l’Angleterre ou même la Thaïlande, ce n’est pas rien!

 

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