Le pays qui n’existait pas

Il y a une dizaine de jours, j’ai mis les pieds dans mon 27e pays. C’est la première fois que j’atteins le plateau de mon âge (j’ai 27 ans), et je le dépasserai bientôt en atterrissant aux Émirats Arabes Unis le 17 octobre prochain.

Mais ce n’est pas n’importe quel pays que mon 27e. C’est un pays qui n’existe pas. J’ai nommé : la République d’Artsakh.

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Coincée entre l’Arménie, l’Azerbaïdjan et l’Iran, cet état autoproclamé en 1991 n’est reconnu par aucun membre de l’ONU et n’apparaît nulle part sur les cartes du monde. Officiellement, c’est en Azerbaïdjan que nous sommes, dans la région du Nagorno-Karabakh.

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Stepanakert est la capitale de la République d’Artsakh, qui couvre la région du Nagorno-Karabakh.

Mais sur le terrain, la réalité est tout autre. Ce petit territoire montagneux est bel et bien autonome (quoique très dépendant de son voisin arménien). Avec ses 150 000 habitants ethniquement arméniens, de confession chrétienne apostolique et ayant son propre dialecte, la République d’Artsakh n’a rien en commun avec l’Azerbaïdjan et n’est accessible que de l’Arménie. Fondée par un peuple qui a survécu à un génocide, bravé les déportations et subi les grands empires des deux derniers millénaires, elle offre un paysage historique et symbolique éclaté.

C’en est presque féérique.

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Ici, on se targue – avec l’Arménie – d’être le plus vieux pays chrétien du monde.

Ici, on a été sous le joug des Perses et des Romains, des Turcs et des Russes, des Ottomans et des Soviétiques avant d’être laissé aux mains de l’Azerbaïdjan et de finalement, en 1994, prendre les armes et se réapproprier cette région qu’on habitait depuis toujours.

Ici, on côtoie des églises orthodoxes millénaires et des mosquées iraniennes dans le même village.

Ici, on cultive des fruits sur les anciens champs de mines. Majoritairement de la pomme grenade.

(Pour vrai.)

Ici, avec une assemblée nationale, une armée et une autonomie de facto, le peuple d’irréductibles résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Ici, le monument érigé à l’entrée de la capitale de l’Artsakh et considéré comme emblème national s’intitule « Nous sommes nos montagnes ».

C’est beau.

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27 pays en 27 ans, ce n’est certainement pas un record. Mais au rythme lent des dernières années, passant en moyenne deux mois par pays, mon intérêt pour l’Histoire, la politique et les grands espaces a toujours été comblé.

Étirer sa présence à un endroit, comme si on faisait partie de ce petit bout du globe, ne serait-ce que pour un instant. Comme si on s’enracinait ici et là, comme si on en apprenait sur notre propre passé d’êtres humains, sur une réalité qui nous échappe sans arrêt.

Et cet endroit perdu entre l’Europe, l’Asie et le Moyen Orient rajoute certainement un petit quelque chose… d’indicible.

Alexandre

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