Le choc du retour

Les gens en parlent, on lit sur le sujet, on s’y « prépare », ça ne change pas grand-chose, mais au moins on comprend ce qui se passe dans nos têtes de petits explorateurs. Je vous offre une partie de mon propre choc en métaphore et en jeux de mots. Des émotions, ça ne s’explique pas normalement. C’est un peu du n’importe quoi, mais c’est un n’importe quoi qu’on vit un peu tous en revenant d’ailleur; chacun à notre façon.

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[…]

Entre deux cœurs qui se déchirent; le temps coule. Un peu comme si la vie allait passer en tours d’horloge pour nous faire oublier une histoire. Plus je raconte la fable du voyageur de l’ailleurs, plus sa beauté m’écœure. J’en vomis mes passions jusqu’à  la bile. J’en crache mes sourires à en remplir les songes. Comme si en l’extériorisant, j’allais donner un nouveau  souffle à un soupir.

Je comprends les gens qui sortent jamais de leur petit chez eux. Ça empêche d’avoir des souffrances nouvelles. Il s paient le prix d’une vie d’absence, moi, j’ai décidé de garder mes cennes. La vie, je mords dedans jusqu’à ce qu’elle me sacre une petite envolée entre deux ailleurs. Ça fait mal, ça : vivre. Ça nous rappelle qu’on n’est pas mort, ça fait surgir les passions, ça fait pomper de l’amour plein le cœur, ça hérisse les frissons jusque sur le dos des collines, ça t’arrache les yeux à t’en tordre le cou. Justement, je suis étouffé de souvenirs qui me font pleurer des rêves insolites, où j’affronte le ciel, la terre et l’ailleur.

Je pleure d’avoir été trop heureux, c’est drôle, hein? Ça doit être ça, le niveau le plus élevé de nostalgie : quand tu réalises que demain vaudra jamais autant qu’hier. Je le savais. Ça m’allait. C’est correct. J’ai sûrement tort, mais un cœur déchiré, ça t’embrouille le rationnel à coup de « va te faire foutre ». Pour l’instant, je raconte une histoire de titans en y croyant juste assez pour me rappeler que j’y étais…

La vie, ça va vite comme un tour d’horloge qui passe en trottant entre deux cœurs qui se déchirent. J’aurais bien aimé qu’elle manque de batterie l’instant d’un moment. On était beaux quand tout était sur pause…

D’un voyageur en repos forcé qui se magasine des tickets sur le quai des souvenirs.

Où le monde tourne, les gens passent et laissent des traces…

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« …

On construit notre vision de l’amour, des passions parfaites et des unions fonctionnelles en référence avec ce que l’on connait. Très tôt, on juge nos ami(e)s comme sujets potentiels, on les pèse et on se mesure à eux dans nos intéractions. Outre l’apparence physique, le comportement, les émotions véhiculées, les forces et faiblesses sont prises en compte. En accumulant les unions affectives, ces dites observations se spécialisent. On se développe et notre compréhension de ce qu’est une union fonctionnelle aussi. On en vient à pouvoir se référer à des impératifs pour définir ce que l’on souhaite chez quelqu’un : Éloquante, raffinée, délicate, posée, à l’humour léger et au sourire vivifiant, qui évoque le calme, la douceur et la finesse de la mers, mais aussi l’ardeur des grandes guerrières de ce monde; prête à tout pour vaincre ses peurs et avec elles, d’impressionnantes montagnes et de profonds précipices.

Voilà grossièrement le modèle qui est le mien.

En observant la vie, en goûtant aux voyages, à l’inconnu, au nouveau, au frivole, à l’instant, nous sommes parfois poussé à remettre en question nos repères. Ce qui pour moi fait référence à la passion, à l’union possible de deux être, fut quelque peu ébranlé. J’ai eu à goûter un modèle hors de mes repères. Et oui, je ne connais pas toute la richesse de la nature humaine; elle me surprend plus qu’elle ne me comforte, heureusement. J’ai pigé en Hollande un sacré numéros. Au delà d’une barrière langagière, se cachait une femme qu’il me fut exquis de découvrir. L’anglais était notre lieux de rencontre, la peau; une barrière que nous prenions plaisir à expérimenter.

L’humain est impressionnant, il possède des algorhytmes cognitifs si puissants que tous les éléments de son vécu a un effet irrévocable et unique sur son comportement. En cette frivole semaine en territoire espagnol, six êtres uniques se retrouvaient sous le même toît. La Hollande, l’Allemagne, la Pologne et le Québec étaient représentés. Malgré des frontières physiques et psychologiques, nous fusionnères comme si la vie nous avait offert le cadeau d’une naissance dans un même quartier quelque part au centre du monde. Nous parlions le langage de l’affection; là où les mots trouvent leurs sens dans les ressentis humains, plus que dans un savoir intellectuel.

Le voyage nous permettait de mettre en miettes une frontière personnelle que nous laissons rarement tombé : la peur de nous offrir et avec elle, la peur d’être rejeté. Nous étions enfants; rieurs, taquins, curieux, passionnés… En jouant, j’ai refait connaissance avec une partie de qui j’étais. Ce petit Francis un peu solitaire, un peu tête forte, surtout passionné. Je passais mon temps en compagnie d’un catalyseur qui ne pouvait que tirer profit de mes petits élans romanesques. Je devenais prince d’un château, explorateur espagnol, goûteur et fou du roi, dévôt d’un Dieu aimant, et bien d’autres.

J’ai ri, pleuré, aimé, j’ai été ému, ravis, contemplatif, curieux, enfantin, philosophe, puis finalement prince de mon monde pour un tout petit moment. Sans peurs ni reproches, je vivais comme peut le faire que celui qui n’imagine pas un demain, une rupture ou la fin. Mais celle-ci vint tout de même.

Cette passion de vivre, cette joie sans fin et ce bien-être constant alimentaient une flamme qui se consumait à un rythme qui ne pouvait espérer de lendemain. Je quittais les sentiers où l’amour sent le safran pour un train d’acier; à la conquête d’une nouvelle destination. Je laissais derrière moi une partie de ce rêve construit sur des pilliers érigés en 5 jours. La passion glissait entre les fils du temps et des kilomètres. Je déambulais à 160km/h avec le sentiment de me vider de bonheur. Je m’écorchais contre une fenetre qui m’offrait de merveilleux paysages qui sonnaient creux à mes yeux. Hé oui, j’étais en peine de passion. Je voyais se refermer sur moi les petits murs de l’égo. Cette barrière qui nous permet que de penser au ”Je” et avec celle-ci, s’accumule une armure de glace qui permet inconsciemment de se concerver des maux et doutes de ce monde…

J’adore les voyages. On y goûte la vie à grands coups d’éclas. On se permet d’aimer, d’expérimenter, d’apprécier tout ce qui s’offre à nous, car tout a une fin rapide. Si nous étions en mesure de vivre de cette même façon dans notre vie de tous les jours, dieu seul sait à quel point nous ferions les choses différemments. Nous apprendrions à goûter les odeurs, à sentir les soupirs et à voir le beau là où nous ne constatons que la rangaine…

J’ai appris grâce à une Reine hollandaise qu’au détriments de tous les qualificatifs que l’on peut vouloir rechercher chez l’être aimé, le plus important élément est celui de se sentir soi-même. Que cette dame qui saura caresser mes jours et mes nuits se doit de pouvoir par sa nature unique faire revivre une parcelle de moi que je tais trop souvent par peur, ou encore par incompatibilité.

Bref, j’ai découvert ailleur que je devais être moi-même chez moi…. drôle de leçon, n’est-ce pas?

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« Vivre » les Alpes

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J’ai goûté la vie dernièrement, à grands coups de pelle dans face. Avec des bouchées doubles; je me suis laissé foutre une raclée de sensations fortes. Pour être plus exacte, je dirais que je me suis fait rouler dessus à répétition par un bulldozer chargé à bloc. Ça faisait mal de vivre à ce point. Je crois qu’il y a un proverbe qui dit quelque chose comme : ‘’c’est en passant près de la mort que l’on réalise à quel point on est vivant’’. Bein cette fois, j’étais assez proche pour sentir son parfum taciturne. Mes sens s’en horripilent encore, mon esprit, lui, est partagé entre le fou rire d’un sortit d’asile et l’incompréhension des évènements passés…

Tout était juste trop beau, trop éclatant et en même temps, si incohérent. Les Alpes, deux hommes, une montagne qui demande qu’à nous rappeler la force des éléments, des étoiles qui éclairent un rêve devenu réalité; bref, l’extase des sens. Il faisait beau, froid, clair, bleu, gris et vert. Loin de notre univers quotidien, on jouait aux titans avec les éléments. Traversant des petites rivières pieds-nu. Se taillant à même un sol escarpé, deux petits lits douillets. Se donnant comme défit d’escalader une parois rocheuse de 550 mètres en suivant une méthodologie apprise 2 jours avant sur Youtube. J’étais tellement pas convaincu que tout irait bien, que j’ai pas osé en parler davantage à ma mère, histoire de ne pas l’inquiéter. J’avais le goût, juste avant de quitter mon ordinateur, la veille, d’envoyer un message sur Facebook disant à tous que je les aimais et que j’espérais les revoir un jour. J’ai gardé ces mots-là dans ma tête et je suis parti, apeuré, amusé, craintif et pantois. J’allais faire un gros n’importe quoi à 2500 mètres d’altitude… et ça m’allait.

Entrer dans les Alpes, c’est comme mettre les pieds dans Jurassik Park, sans dinosaures, heureusement. Tout est si gigantesque; les arbres jouent aux titans avec les montagnes. Ils les chevauchent en tenant la bribe serrée jusqu’à des sommets vertigineux, où la neige finit par triompher. Une fois devant l’imposant sommet de la Vuzelle, nous avions 3h30 de marche à faire, avec 70 lbs de matériel sur le dos pour uniquement se rendre au début de notre piste d’escalade. Plus de 1000 mètres de hauteur nous séparaient de notre premier objectif. Alexandre me fit remarquer l’intensité de cette marche en manipulant quelque peu les mots : Nous avions 1 kilomètre à marcher à la verticale, sans parler de la distance à l’horizontal. Par chance, les paysages qui s’offraient à nous étaient si riches et magnifiques que la vie nous semblait aussi légère que l’était notre esprit à ce moment.

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On a même pris le temps de faire des poses ‘’profondes’’, après avoir trouvé une source d’eau potable pour le reste du projet. Il faut bien s’amuser!

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Mais trêve de plaisanteries; on avait un but à atteindre avant le couché du soleil. La chance était merveilleusement de notre côté : des gens bienveillants ont été mis sur notre chemin. Tout d’abord, en faisant de l’auto-stop, l’homme avec lequel nous firent une partie du chemin la veille, jusqu’à un petit village non-loin, était guide en montagne. Il nous expliqua un peu la réalité des Alpes, les animaux qu’elles habitent et le bon chemin à prendre. Un second homme, le lendemain, nous offrit de nous alléger du fardeau de notre marche sur plusieurs kilomètres. Nous l’avons croisé à répétition. Entre des discussions de tour du monde et de voyages en voilier d’un temps passé, il nous offrit, un peu de la vie de là-bas, tout en nous rapprochant davantage du début du sentier forestier qui nous attendait. Il marcha même en notre compagnie un petit moment.

100_0396La vie fait parfois bien les choses…

Rapidement, tout se corça. Le sentier que nous devions prendre par la suite se nommait ‘’Sans Issue’’ et avec raison. Nous devions marcher sur un petit chemin de 30 centimètres de large et aussi instable qu’appeurant. Le sol sous nos pieds glissait; il fallait s’aggriper à des plantes épineuses  et espérer que leurs petites racines pouvaient changer le cours de nos vies en nous empêchant de glisser jusqu’au bas des falaises. L’adrénaline était telle que la souffrance ne se ressentait pas : nous voulions nous rendre…. En vie.

De longues minutes suivirent jusqu’à l’arrivée â une brêche dans la montagne où de nombreux éboulements de pierres ont eu lieux et se faisaient encore. Nous comprirent rapidement que nous étions rendu à destination. Quelques secondes passèrent avant notre prochaine réalisation : nous devions nous trouver un endroit où dormir et ce lieu ne pouvait pas nous offrir un espace suffisamment large pour une tente. Rapidement, le soleil se couchait, l’adrénaline nous quittait tout autant. Il fallait creuser à même ce sol inhospitalier pour se faire des lits à deux hauteurs différentes. L’un de nous allait dormir en se protégeant à l’aide de la toile double de la tente et le second allait se servir du dessous de la tente comme couverture de protection contre le vent et l’eau. Nous gardions le sourire : tout était incroyablement parfait, nous pouvions nous adapter à tout.

Nous prîmes comme décision de nous protéger comme nous le pouvions. J’ai eu droit au lit le plus bas et à la base de la tente pour me protéger des éléments. Mon sanctuaire faisait un peu moins de 6 pieds de long et était de la largeur de mes épaules. Pour m’empêcher de tomber au bas de la falaise de roche, nous avions érigé un mur de pierres et j’avais pris une partie de ma corde d’escalade que j’ai attaché à mon sac le plus lourd et enlacé autour de mon sac de couchage.

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La nuit fut longue. Des roches tombaient çà et là, le vent était glacial et puissant. Heureusement, nous avions un ciel impossible à voir dans les grandes villes. Des milliers d’étoiles s’offraient à nous. Dormir de la sorte a ce fin privilège de nous dévoiler ce que nous ne pouvons pas voir normalement : la beauté d’une nuit sans nuages et loin des lumières des grandes villes. À chacun de mes réveils en sursaut, soit causé par l’inconfort des pierres sur lesquelles je dormais, où le bruit de celles qui dévalaient la montage ou encore les gouttes d’eau qui me perlaient par moment sur le front, je me calmais en admirant le vaste océan de noirceur parsemé de mille feux. Ça suffisait à me faire oublier un petit peu les dangers environnants. J’étais bien, malgré l’angoisse.

Au réveil, il faisait froid, notre corps était endoloris, mais nous étions ravis. Les Alpes s’offraient à nous, rien de cela n’était un rêve. Il fallait maintenant manger et affronter la bête et avec elle, la vie.

Nous débutèrent la montée de notre voie d’escalade vers 9 heures. Nous fûmes étonnés de réaliser la distance qui séparait chaque point d’ancrage où nous pouvions nous attacher pour nous protéger lors de nos possibles chutes. En moyenne 9 mètres nous séparaient de chaque vis de protection. En clair, cela voulait dire que nous pouvions avoir des chutes de près de 20 mètres si nous glissions ou étions incapable de nous tenir convenablement à la paroi rocheuse. Mais nous y étions, nous ne pouvions/voulions pas reculer. Pas après tout ça. 250 mètres plus haut, j’en avais assez. 6 heures venaient de passés et le dernier segment d’escalade m’a fouttu un frousse si grande que je ne pouvais plus imaginer monter. J’étais excité et surtout nerveux. J’ai perdu pieds à un moment risqué, mais j’ai tenu bon; je me suis échappé d’une solide débarque, comme on dit.

Je me tenais à mes cordes de protection et j’attendais l’arrivée de mon comparse pour lui révéler mon état. S’en était assez, il comprenait pourquoi, ayant eu à passer par le même endroit que moi quelques minutes plus tard. Dans la prochaine vidéo, vous allez voir, lors de ma prise de parole, le stress qui m’animait : Je bégaye quelque peu, j’ai des mimiques et un rire nerveux et un débit de voix rapide. Cette fois, la peur m’avait dominée, sans doute pour le mieux.

La dessente se fit magnifiquement bien, surtout tenant du fait que ce que nous mettions en pratique était la résultante d’une reproduction de séries de mouvements vues sur des vidéos d’initiation à l’escalade. Nous empaquetèrent tout notre équipement et quittèrent pour de bon. Au total, nous avions escaladé 8 heures. La fatigue nous guettait autant que la joie que nous avait procurer l’activité. Nous étions heureux d’avoir vécu et survécu.

Nous avions peu de temps devant nous. Il fallait à présent retourner sur le sentier, trouver à boire et un lieu où monter notre tente : à nouveau, le soleil nous quittait rapidement. Dans les Alpes, il disparait si vite derrière les montagnes, que la nuit débute bien avant l’heure. Sur notre route, nous trouvâmes l’endroit parfait pour la nuit : un énorme rocher au centre d’une vallée. Celui-ci pouvait nous offrir une terre ferme et une vue incroyable sur les vastes beautés du monde. Nous remerciâmes la vie d’un tel cadeau. Le contraste entre la nuit passée, à dormir dans une carrière de roches froides et cette nouvelle nuit où la verdure, le calme et le confort étaient rois, nous rendit euphoriques.

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Nous avons dormis au chaud, dans le calme d’une nouvelle nuit dans les Alpes. La vie fit balancer le pendule du côté ‘’réconfort’’. Mes rêves se promenaient entre les plaisirs de ma vie au Québec et l’intensité des évènements des derniers jours…

Je revins à Montpellier avec l’impression d’avoir perdu quelque chose… L’étrange ressenti d’avoir vécu des émotions si intenses, que jamais il ne me sera possible de les dépasser un jour. J’y ai laissé une partie de moi qui se caresse maintenant que du bout des souvenirs, sur des vidéos, des photos et des rires en compagnie d’un brave ami…

Alors, voilà mon histoire… Je suis heureux d’avoir la chance de vous la raconter. Pendant un moment, là-bas, j’étais convaincu du contraire…

f.

La Petite Ourse

J’ai admiré un ciel sans nuage, comme s’il n’était qu’illusion. Mi-pantois, mi-songeur, je contemplais ce que la vie a toujours eu de plus simple à offrir : un toit aux milles splendeurs. Parmi cette myriade d’étoiles, j’ai trouvé ce que je pensais – naïvement – que visible au Québec : la Petite Ourse et son Nord éternel. J’étais amusé et ému; je venais de saisir cette image banale de ces deux amoureux qui espèrent, en admirant la lune la nuit, qu’ils partagent un court instant un ressenti commun. Je contemplais, à des milles et des milles de vol, ce que tant de fois je prenais plaisir à chercher lors de mes nuits étoilées. Mon Nord, ce n’était pas la direction de l’une de ces étoiles, mais ce symbole stellaire qui me prouvait une fois de plus que j’étais partout chez moi…

Ma chambre de résidence ne fait pas plus de 14 mètre carrées et pourtant, j’ai l’impression de posséder le monde. Les murs où j’habite ne sont qu’habillés de blanc, mais j’y ressens une chaleur réconfortante. Mes articles de cuisine sont des objets abandonnés sur le trottoir, et malgré tout je mange comme un roi. J’ai si peu de vêtement avec moi que j’ai peine à me vêtir différemment sept jours de suite et malgré tout, je suis parfaitement heureux. Tout cela, simplement car j’ai trouvé mon Nord…

L’Être humain a ce fabuleux don et défaut de pouvoir vivre en tous lieux comme si ils étaient sien. Cette peur qui nous abrite à l’idée de quitter les terrains battus nous limite dans nos plus belles découvertes… « Quand l’on se perd, l’on se trouve » dira-t-on… Je ne puis qu’être en accord avec cette phrase si souvent lancée à la dérive des conversations. Il suffit simplement, il me semble, de s’approprier une partie du monde et trouver son petit bout de ciel…

Montpellier, c’est un ailleurs comme bien d’autres : aussi magnifique qu’on le rêve la nuit, aussi doux qu’une peluche que l’on serre contre notre cœur. Un ourson bien étrange, me dira-t-on. À cela je ne pourrai qu’acquiescer. Une peluche faite de rues étroites, de bâtisses dont l’âge dépasse la naissance de mon pays, et qui abrite en son centre une richesse humaine qu’il fait bon découvrir.

Cet ourson il a aussi un œil en moins, car comme toute chose, il possède ses petites souffrances. Ces gens à demi visible que l’on rencontre sur les artères principales, qui quémande à manger, autant pour leurs enfants que pour leurs chiens qu’ils chérissent tant. J’ai peine à rester muer à la vue d’une famille se nourrissant à même les poubelles, non pas parce que le geste est décadent, mais parce que je suis attristé de ne pouvoir les aider autant que j’ai pu l’être lorsque la vie m’offrait que des miettes de bonheur. J’ai toujours été gourmant, que voulez-vous? Et maintenant, tout va bien; je me nourris du ciel…

Ces derniers jours, le soleil a laissé place aux nuages. La nuit, les cieux sont vides d’espoir et sombres comme l’ébène. Mais j’ai encore mon Nord. Si un jour je ne l’ai plus, c’est alors que je l’aurai donné à quelqu’un d’autre. Pour l’instant, je continue mon petit bout de voyage, guidé par le goût de découvertes et ma passion pour les sensations fortes. Faites-moi plaisir et dites-moi que vous avez aussi votre petit Nord quelque part; ce sens que vous trouvez en la vie et qui vous rend digne de vos rêves d’enfants…

Après tout, ça ne devrait pas être trop compliqué; il y a tant de constellation dans le firmament, il suffit de choisir la vôtre… Si ça vous dit, je vous partage la mienne! 🙂

f.

La Nostalgie du voyageur

Je m’inscris actuellement dans une historicité loin de la mienne. Je respire, m’insurge et j’abrite les tourments, les problèmes sociaux et politiques d’un ailleurs québécois. J’ai l’impression que lorsque nous partons en voyage, on accepte, sans s’en rendre compte, de perdre une partie de notre nationalité. Chaque seconde que l’on passe loin de notre pays d’origine nous inscrit et nous construit dans une nouvelle réalité culturelle et historique. On y forge un caractère, des émotions, des patois et des tonalités nouvelles. À Montpellier, le Francis québécois, c’est un peu du présent, beaucoup du passé. Je suis moins Québécois actuellement que n’importe quel individu qui n’a jamais quitté le territoire. Il y a comme une date d’expiration de par laquelle on est plus ce qu’on croyait être. Je me construis dans le nouveau et avec lui, je me défais lentement du passé. Pas pour l’oublier, mais pour lui donner un sens nouveau.

J’ai comme l’impression de regarder ma province d’origine du haut d’une montagne médiatique, avec des jumelles construites en médias sociaux. Je comprends pourquoi les Dieux de l’Olympe ne se souciaient que peu du destin des hommes; plus on en est loin, moins on entend les non-dits qu’ils racontent. Ça reste un petit murmure auquel on tente, avec misère, de donner une entière sonorité. Je fais des erreurs, j’interprète mal et ça me fâche.

Il reste que j’en suis presque à m’ennuyer des tempêtes hivernales qui approchent et des rafales pluviales de l’automne. J’envie déjà un peu le froid matinal, accompagné de son  doux givre. Mais en ce moment, ce sont les couleurs de l’automne qui me manquent; ces jaune, rouge et orange, qui dansent ensemble la mélodie funèbre des forêts qui s’endorment, et qui chantent avec le vent, les légendes de nos bois. Vous vous rendez comptes qu’ici, à Montpellier, on vit sans orange et rouge? Je me sens comme si on avait redessiné les arcs-en-ciel sans y investir toutes les beautés du monde.

Nostalgie, nostalgie…

Je tiens à m’excuser, de ce petit texte qui ne vous racontent pas ma vie d’ici et qui ne vous offre pas d’images de Montpellier. En cette soirée, j’ai préféré vous donner quelque chose d’aussi vrai : la  « Nostalgie du voyageur ». Cette douce émotion de deuil et complaisance à réfléchir à ce qui n’est plus accessible. Ce ressenti à l’égard d’une belle pensée qui nous hante se partage difficilement, prenez le comme un petit cadeau qui vous raconte ce que vous avez la chance de posséder. 🙂

Bonne journée,

f.

Nous étions Rois

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Par-delà les temps et les époques, nous parcourions les dédales de vieilles civilisations enterrées sous l’effort et la pierre. Nous marchâmes là où, avant nous, les Seigneurs, les Cardinaux et les Rois crurent bon d’élire domicile. Nous vîmes ce que l’homme peut bâtir au nom de la foi, de la peur et du devoir. Nous priment le temps de savourer un repas qui rassasia autant notre corps que notre âme, bref, pour quelques jours, nous étions nous-même, les Rois de jadis…

Au volant de notre noble destrier, appelé amicalement  « Fiat 500 », la vie nous appartenait. Nous parcoururent des miles et des miles, à la recherche d’un ancien monde; d’une civilisation qui parla à la pierre, la sculpta, lui donna raison d’être autant qu’une noble mission : élever un peuple par-delà le temps qui passe…

Il y a de ces spectacles auquel l’on ne s’attend pas, ce qui s’offrit à nous en fut un parfait exemple : la beauté de l’exceptionnellement grand. Notre première destination, entre acolytes du Nouveau Monde, était nul autre que la ville de Narbonne. En ce lieu repose une impressionnante cathédrale. De celles qui donnent la foi au non-croyant, qui donne raison en la puissance de la croyance en un Dieu. On y pénètre avec respect, la tête basse, mais avec un cœur battant sa charade d’enfant excité. Les toiles, les carreaux aux mille et une figurines, les anciens parchemins qui servirent d’aumône à bon nombre de cardinaux, tout cela s’offrait à nous dans le calme de l’encens; un calme qui apaise la mort et la rend inoffensive…

Les Rois que nous étions explorèrent, riaient et s’impressionnaient de tout, mais notre quête ne faisait que débuter. On offre, au plus aguerrit des princes, le privilège d’une ascension infinie. Celui qui le souhaite, en échange de quelques pièces, peut affronter la bête : un escalier en colimaçon qui servait aux soldats et gardiens des geôles, leur permettant d’atteindre le plus haut sommet accessible à l’Homme. Nous avions encore à prouver nos lettres de noblesses, malgré bon nombre de périls que nous avions déjà franchis. La tête nous tourna, les pieds nous glissèrent, l’essoufflement nous atteignit, mais jamais nous n’aurions osé renoncer… et nous avons bien fait…

En déposant pied sur la 173 marche qui sépare le sol des cieux, nous touchâmes à notre récompense : une vue imprenable sur une merveille d’un temps révolu. Au sommet de cette bâtisse nous venions d’être couronnés élus de la France et héritiers d’émotions grandioses. Nous admirâmes Narbonne dans son impressionnante rigidité. Devant nous, les montagnes, le ciel, un vent déchaîné et la vue sur l’imposante cathédrale. De ce sommet, nous comprimes ce que les Dieux de l’Olympe ressentaient : leur domination sur l’Homme. De là-haut, les mortels ressemblent à de minuscules grains de poussière que l’on peut balayer du revers de la main. Nous devions hurler pour nous faire entendre, car Hélios nous rappelait sa puissance et nous faisait comprendre que ceci n’était qu’un rêve, nous sommes qu’hommes dans une marée d’humains…

J’ai vu la vie comme pouvait le faire les Dieux, j’ai goûté à l’extase de se sentir au-dessus de tout et j’ai compris le privilège qui était mien en cette belle journée… J’étais, pour l’instant d’un moment, Lancelot,  Richard Cœur de Lion et Apollon… Comme le soleil nous quittait, nous redescendîmes de la bête, nous allâmes festoyer au bord d’une rivière, vin à la main et sourire aux lèvres. La journée s’achevait, mais non pas notre quête d’aventure… Demain nous avions une ville fortifiée à envahir et un château à conquérir… Gloire aux trois grâces et que les Dieux nous gardent.

f.

Entre une pêche et une nectarine

Montpellier a de ses accents et tonalités qui font sourires. Parmi mes plus beaux moments ici, l’un d’eux est d’une simplicité déroutante : une marchante de fruit qui m’offre une pêche jaune.

L’on se trouvait sur la place du théâtre, le soleil était à son zénith, la chaleur et la faim guettaient chacun de nos mouvements. Cette affectueuse dame servait ses clients en leurs offrant de ‘’ma belle enfant’’ et de ‘’mon beau monsieur’’. À grands coups de sourire, elle exhumait la joie fébrile d’une bonne journée de travail à vendre de savoureux fruits sur la place du marché. Il y avait une poésie dans sa voie et de l’élégance dans sa conduite. J’avais devant moi une chef d’orchestre qui faisait jouer les fruits aux doux parfums qu’ils projetaient, les faisaient danser à la pesée et cabrioler dans les paniers. Nous voyant hésiter à prendre le temps d’attendre en file (car certes, l’impatience fait encore partie de mon train-train quotidien (mais il va où ce train? Je ne saurais dire encore), elle nous interloqua entre ses clients pour nous offrir un rafraîchissement et quelques mots doux. J’étais séduit par cette femme dans la quintessence de l’âge. J’étais en amour une fois de plus avec la vie méditerranéenne.

L’art qu’elle possédait était celui de rendre une conduite fade comme celle de l’achat de quelques fruits, en moment qui s’apprécie, qui se goûte, se sent et se vie…

Combien de souvenirs avez-vous de vos emplettes à l’épicerie? Moi, aucun. Pourquoi? Parce que nous ne prenons pas le temps de vivre ces petits moments que l’on juge banals, ennuyeux et répétitifs. Nous avons des ‘’corvées’’ où le temps fige, où la vie s’évapore. L’on nous a inculqué que vivre, c’est de faire la fête avec des amis, c’est d’acheter une nouvelle voiture, c’est d’avoir un bateau…. Mais ça, ce n’est pas vivre, c’est consommer et je ne veux pas que mon existence se limite à ces moments où je carbure à ce que l’on m’a dit d’aimer… et vous?

Ce que cette femme m’offrit en ce jour ensoleillé, c’est mon premier souvenir de l’achat de quelques fruits. Il est teinté d’étonnement, de sourires, d’amusements; bref, d’un contact avec la vie. Je vous souhaite de pouvoir en faire tout autant. Plus je prends le temps d’observer la vie d’ici, plus je comprendre ce ‘’Carpe Diem’’ duquel la société nous éloigne lentement. Je ne dis pas que tout est parfait ici, mais qu’il y a des petites merveilles un peu partout; des détails que l’on repère uniquement lorsqu’on laisse à la vie la chance de nous surprendre. Certes, cette découverte me coûta 1 euro, mais ce fut sans doute l’un des mieux investis…

Et mes fruits, ils étaient bon? N’en doutez pas. Ils goûtaient l’amusement de la scène, ils exaltaient le plaisir d’un échange, ainsi que la satisfaction d’une pêche et d’une nectarine à qui l’on a donné le temps de murir à souhait.

Et vous saviez qu’ici même les bananes vertes goûtent les bananes mûres? Étrange, vous ne trouvez pas?

f.